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De là résulte cette opinion des bouddhistes, que le degré suprême de la perfection morale est l’anéantissement de toutes les facultés absorbées dans la contemplation de Bouddha. Cesser d’agir, de sentir, de penser, c’est sortir du monde des changemens et des apparences, c’est s’unir à la substance absolue, c’est s’identifier avec le principe de l’être, en se faisant aussi semblable au néant que lui.

Tel est l’état de la plus haute sainteté, le nirvriti, opposé à l’état dans lequel on participe à la vie du monde, et qui s’appelle sansara : mais cette distinction même est encore une imperfection, parce qu’elle s’oppose à l’unification complète de toutes les pensées avec Bouddha. Aussi faut-il arriver à ce point où l’on reconnaît que le nirvriti et le sansara ne font qu’un.

La souveraine perfection consistant dans la souveraine unité, tout ce qui s’en éloigne, tout ce qui tend à la multiplicité, à la pluralité, est une chute et une souillure. Or, la multiplicité, la pluralité, c’est la vie. La vie est donc entachée et viciée dans son fonds. La pensée, l’action, sont la source du mal ; et ce mal est la cause immédiate des êtres. Cette opinion, inhérente au bouddhisme, a influé d’une manière bizarre, même sur sa cosmogonie. On y voit que l’ignorance (avydia), avec les erreurs et les passions qu’elle entraîne, est ce qui donne au monde sensible son apparence, et aux intelligences leur individualité ; existence apparente, existence individuelle : ce sont deux dégradations de l’unité suprême, où tout est enveloppé et confondu.

Ces conséquences funestes à l’activité morale de l’homme sont inévitables, quand on part du panthéisme. Il n’y a de moral que le théisme, qui conçoit Dieu, non comme l’essence, mais comme la cause du monde ; non comme une négation indéterminée, une abstraction dont on ne peut dire qu’elle est bonne ou mauvaise, qu’elle est ou n’est pas ; mais comme une volonté vivante et aimante, une intelligence libre et infinie qui est identique au bien et essentiellement contraire au mal. L’union de l’homme avec un tel Dieu ne se fait pas par l’anéantissement de ses facultés, mais par l’harmonie de ce qui est en tous deux, l’harmonie de la volonté, de l’intelligence, de l’amour de l’homme, avec la volonté, l’intelligence et l’amour de Dieu. Dans ce Dieu, le bien moral a sa sanction : car