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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/382

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multitude de mondes qu’entasse l’imagination extravagante des bouddhistes. Pour se faire une idée de cette arithmétique vraiment monstrueuse, il faut écouter M. Rémusat nous dévoilant quelques-uns de leurs systèmes de numération ; car ils en ont plusieurs qu’ils emploient selon le besoin. « Dans le système supérieur les nombres se multiplient par eux-mêmes ; c’est ce qu’on nomme la méthode des dix grands nombres, méthode que Bouddha seul avait pu entendre, et qu’il expliqua dans la vue de donner une idée de ce qui est de sa nature inépuisable et sans bornes, les mérites pleins de pureté des Bouddhas, les périodes d’existence qui composent la destinée des Bouddhisatouas ou intelligences modifiées, et l’océan de vœux qu’ils forment pour le bonheur des êtres vivans, ainsi que l’enchaînement des lois qui constituent le développement infini des mondes. Le premier de ces dix grands nombres est l’asankya (l’innombrable, cent quadrilions), multiplié par lui-même. Ce nombre fait un asankya élevé à la seconde puissance (l’unité suivie de trente-quatre zéros ), lequel à son tour, multiplié par lui-même, produit le second des dix nombres (l’unité suivie de soixante-huit zéros ). On répète cette double opération sur celui-ci, puis sur chacun des suivans jusqu’au dixième qu’on nomme indiciblement indicible et qui ne pourrait être exprimé que par l’unité suivie de 4,456,448 zéros, ce qui en typographie ordinaire ferait une ligne de près de 44,000 pieds de longueur. »

Une fois en possession de ces procédés de numération, nous pourrons comprendre comment les bouddhistes opèrent des supputations de cieux et de mondes qui effraient la pensée.

Nous avons vu combien d’étages, tous habités par des êtres innombrables, formaient le monde de l’homme. Eh bien ! il y a, disent les bouddhistes, des univers qui contiennent mille millions de ces mondes ; d’autres prennent cent quintilions de ces univers, ils en forment un étage, et vingt de ces étages font une graine de mondes.

L’étage inférieur repose sur une fleur de lotus. Cette fleur n’est pas la seule. Le nombre de ces lotus, chargé chacun d’un système d’univers, est exprimé par des myriades de myriades. « Les auteurs de ces légendes, dit M. Rémusat, semblent ne pouvoir se lasser d’entasser les plus folles exagérations, en faisant tour à tour reposer ces graines de mondes sur une mer parfumée, et celle-ci sur une