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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/370

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est plus difficile, comme il est plus beau, d’améliorer les hommes que de les gouverner. Mais sur ce point encore il ne faut pas être injuste, et l’on doit reconnaître que celui qui a mis la paix à la place de la guerre, et l’emploi de l’intelligence, sous une forme quelconque, à la tête de la société, a bien mérité de la civilisation. Ce n’est pas entièrement sa faute, si son système a dégénéré en un pur formalisme. Il ne serait pas plus raisonnable de l’en rendre responsable, que d’imputer aux catégories d’Aristote tous les vices de la scolastique.

Comme je l’insinuais tout à l’heure, Confucius fut plutôt un arrangeur qu’un inventeur ; il ne commença point, il continua et rétablit. C’est une grande différence, sans parler des autres, entre Socrate et Confucius. Socrate est nouveau comme la Grèce, il invente, il donne une impulsion inconnue. Confucius est comme l’Orient, il se rattache au passé et s’y appuie. Né à la Chine, pays de traditions et d’habitudes, comment serait-il novateur ? Il s’en garde ; et, faisant profession, en toutes choses, de restaurer l’ordre antique, il invoque sans cesse les anciens usages, les anciennes mœurs, l’ancienne sagesse, à l’ombre de laquelle il produit la sienne en la cachant. Telle est constamment la marche de Confucius. Son école fait pour lui ce qu’il avait prétendu faire pour les Vieux sages, elle le répète, elle transmet la tradition qu’elle a reçue. Ceux même qui en altéreront le plus l’esprit en conserveront fidèlement la lettre. Tout s’engendre là sans interruption ; c’est un déroulement et, pour ainsi dire, un désemboîtement continu. Confucius y figure à son point, entre ce qui le précède et ce qui le suit, tenant à tous deux. Aussi des cinq kings, ou livres classiques du premier ordre, un seul est composé, les autres seulement compilés ou commentés par lui, et les quatre chou, ou livres moraux du second ordre, ne sont point son ouvrage, mais renferment sa doctrine recueillie par ses disciples.

Un mot sur ces livres qui contiennent à peu près toutes les idées et presque toutes les expressions qu’on peut rencontrer chez les écrivains orthodoxes de la Chine.

Le plus respectable par son ancienneté et son obscurité est le Y-King. Ce livre a pour base deux signes symboliques fort simples, une ligne continue et une ligne brisée, qui, combinées trois