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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/30

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au maître : Maître, aurons-nous bientôt fini ? voyez ! nos cheveux blanchissent, nos mains sont trop vieilles, nous allons mourir demain. Le maître répondit : Demain, vos fils viendront, puis vos petits-fils, après eux dans cent ans, avec des truelles toutes neuves ; puis, vos petits-neveux ; et personne, ni maître ni ouvrier, ne verra jamais la tour se clore sous le ciel, ni sa dernière pierre. C’est le secret de Dieu.

X

Dans les plis de ma robe je traîne des peuples éternels ; dans ma ceinture je noue autour de mes reins, pour me faire plus belle, des siècles ciselés. Pendant mille ans, j’ai cherché dans la ville une place pour m’asseoir. Qui sait, qui sait où est dans la ville le carrefour le plus fréquenté à toute heure, pour que j’y voie de mes fenêtres où vont avec leurs pieds boueux les rois, les peuples, les années, les empires, les générations de ribauds, de moines, de fileurs et de peigneurs de lin qui passent jour et nuit sur les dalles de mon pavé, sans jamais revenir, comme une louve se blottit avec ses louveteaux pour regarder fondre la neige dans son creux de rocher.

XI

Savez-vous qui est mon maître ? Ah ! savez-vous comme il se nomme ? il a rougi mes vitraux du sang de sa tunique. C’est lui qui a attaché avec une corde de pierre ma nef au rivage du ciel comme une barque de Galilée à un tronc de figuier, pour naviguer quand il lui plaît sur les nuages. Allons, vogue, vogue, ma nef, avec tes cordages, avec ton mât de granit sur la brume. Vogue avec ton beau pilote, avec tes voiles de marbre repliés en fuseau, en haut, en bas, au large, à l’alentour, jusqu’à la ville des anges.

LE CHRIST, sur un des vitraux de la cathédrale

Ma cathédrale, c’est assez.

LA CATHÉDRALE

Seigneur, je me suis tue.

SAINT-MARC, sur un des vitraux

Et moi, Seigneur, je vous en prie, laissez-moi dans mon vitrail soulever de dessus mes yeux mon manteau de cristal pour regarder, à travers mes paupières azurées, ceux qui entrent dans l’église.