Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/275

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à cette suite fabuleuse de rois indiens, au moyen desquels on remonte facilement à l’origine du monde : c’est comme nos vieilles chroniques qui font descendre les Francs d’Hector et les Bretons de Brutus, greffant ainsi sur un passé célèbre et mensonger l’origine des nations modernes. Introduire des légendes bouddhiques dans l’histoire primitive du Mongol, c’est faire une confusion pareille à celle de cette Italienne qui croyait que Romulus était le nom du premier pape.

Dans cette obscurité où le laissaient sur l’ancienne extension de la race mongole et les sources nationales et les sources chinoises, M. Rémusat, à force de sagacité, est parvenu à constater que cette race habitait de toute antiquité à peu près le pays qu’elle occupe maintenant. Ainsi, après s’être répandue sur le monde, elle s’est renfermée dans son lit naturel, d’où M. Rémusat tire cette conclusion très importante pour l’histoire étudiée en grand, c’est que « les races ne sont pas sujettes au changement ; qu’on doit en général chercher la patrie primitive des nations dans la contrée où on les retrouve de nos jours, et qu’à l’exception d’un petit nombre de déplacemens et de mélanges évidemment causés par la violence, et survenus bien plus rarement qu’on ne l’imagine, les peuples qui sortent de races différentes, les langues qui les tiennent séparés, les localités auxquelles ils sont attachés, résistent aux plus grandes révolutions, et subsistent de nos jours à peu près dans les mêmes rapports que l’antiquité nous fait connaître. »

Les deux autres familles tartares sont les Turcs et les Thibétains.

La race turque a joué un grand rôle dans les conquêtes tartares. Le nom Mongol a tout couvert de son éclat plus grand. Il n’en est pas moins vrai qu’il se trouvait beaucoup de populations turques dans ces multitudes diverses par la langue et par le sang, que les khans mongols appelaient leur armée. En outre, les populations turques ont ravagé pour leur propre compte, et conquis en leur propre nom. La plus brillante de ces conquêtes est celle qui s’est terminée par la prise de Constantinople ; celle-là a été un grand évènement pour l’Europe. Il en est résulté que les autres portions de la race sont restées dans l’ombre, et qu’on n’a vu des Turcs que dans les Osmanlis. Mais ce serait se faire une idée bien fausse de l’étendue de cette famille de peuples que de la restreindre à ce seul rameau,