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qui possèdent aujourd’hui la Chine, soumise par eux après qu’elle eut secoué le joug des Mongols.

Pour les Mongols, leurs conquêtes surpassent en étendue et en rapidité tout ce que l’Occident a connu de plus merveilleux. Partie des bords du lac Baikal, cette nation, jusque-là ignorée du monde, roulant, suivant l’expression des écrivains tartares, comme une boule de neige et se grossissant de toutes les populations que l’avalanche entraînait, soumit la Chine, puis à travers la Cochinchine et le Japon atteignit l’île de Java, tandis que d’un autre côté elle traversait la Perse, les pays caucasiens, établissait en Russie le vasselage des grands ducs, qui a duré jusqu’au XVIe siècle, et venait en Pologne gagner la bataille de Lignitz, où les Tartares remplirent neuf grands sacs d’oreilles coupées.

Gengis-khan, à lui seul, a conquis presque autant de pays qu’Alexandre, et le mouvement conquérant s’est continué après lui. C’est un Alexandre dont les fils et les généraux furent aussi des Alexandre. Je ne parle que de la diffusion de la conquête, et non de son caractère. Si elle était prompte comme telle d’Alexandre, elle était destructive comme celle d’Attila. Alexandre alla planter un germe de la civilisation grecque au cœur de l’Asie ; les Gengis-khanides se ruaient sur la civilisation de la Perse et de la Chine, et menaçaient la civilisation de l’Europe. Le Macédonien fondait Alexandrie, le Tartare incendiait Samarcande et Bokhara.

On connaît beaucoup mieux les ravages de la race mongole que ses origines. Les historiens chinois que nous avons en Europe, n’ont pas fourni sur ce point des documens bien positifs à leur habile investigateur ; une histoire originale des Mongols, publiée par M. Schmidt, depuis les Recherches sur les langues tartares, et sur laquelle M. Rémusat a donné dans le Journal Asiatique plusieurs articles d’une critique, comme toujours, fine et substantielle, n’a pas contribué, autant qu’on l’eût pu croire, à remplir cette lacune ; l’auteur de l’histoire est un prince mongol, de la race de Gengis-khan, zélé bouddhiste, et qui, en cette qualité, s’est plu à combler toute l’époque antérieure au moment où les Mongols paraissent sur la scène du monde, par des légendes empruntées au bouddhisme que ces peuples n’avaient pas alors adopté. La dévotion et l’amour-propre combinés ont conduit l’auteur à rattacher la ligne de Gengis