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échantillons. Aujourd’hui, pour tenir une promesse dont j’ai regret d’avoir tant différé l’accomplissement, il me reste à suivre mon docte guide dans les applications les plus importantes qu’il a faites de son savoir sinologique, d’abord à tout ce qui pouvait jeter quelque jour sur les connaissances des Chinois dans les sciences naturelles et les arts mécaniques ; secondement, aux recherches géographiques et historiques ; enfin, à l’histoire de la philosophie et des religions.

Avant de savoir le chinois, M. Rémusat avait étudié la médecine, et par là il avait pris quelque teinture de toutes les connaissances qui s’y rattachent. Il faut avouer qu’un érudit naturaliste est presque aussi rare qu’un naturaliste érudit ; M. Cuvier a donné presque seul un glorieux démenti à cette seconde assertion, et M. Rémusat à la première. Si quelqu’un avait le droit d’établir des relations entre l’érudition et les sciences qui s’attribuent chez nous, un peu exclusivement, le nom de positives, et même le nom de sciences, c’était celui qui portait dans toutes ses recherches une méthode si sûre, une si rigoureuse exactitude. Peut-être, au reste, le devait-il en partie aux habitudes sévères qu’imposent à l’esprit les sciences d’observation.

Bien qu’il fût docteur en médecine, M. Rémusat a peu fait pour éclaircir la médecine chinoise ; sans doute elle l’avait rebuté par les pratiques bizarres et superstitieuses qu’elle mêle à ses recettes. Cette science du pouls, si vantée, au moyen de laquelle les médecins chinois croient discerner dans son mouvement des milliers de variations, et, par ce seul secours, reconnaître l’état des organes ; tout cet appareil de diagnostique subtile et probablement chimérique, quoiqu’il ait séduit Bordeu, n’avait pas trouvé grace devant le scepticisme de M. Rémusat : aussi disait-il spirituellement, à propos d’un exposé des bases physiologiques de la médecine chinoise, qu’on en devait conclure que les Chinois sont ou de bien mauvais médecins, s’ils se conduisent d’après leurs principes,