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Tandis que M. Mignet se mettait en route pour les Pyrénées, lord Stuart de Rothsay, ancien ambassadeur en France, arrivait en Angleterre de retour d’un voyage encore plus dangereux, et dont les chances étaient moins agréables. Lord Stuart était parti pour l’Écosse quelques jours avant les grandes tempêtes qui désolèrent l’Océan, annonçant à toute la société de Londres qui allait tenter une petite excursion pour son plaisir. Dans un port d’Ecosse où séjourna le noble lord, il lui prit fantaisie d’assister à une pêche, et il monta sur une de ces grandes embarcations pourvues de vivres pour quelques jours, qui vont au-delà du canal guetter le passage des harengs. Quelques heures après son départ, une effroyable tempête s’éleva, et le navire, chassé par les vents, fut poussé jusque dans la mer du Nord, d’où il ne put regagner l’extrémité de l’Écosse qu’au bout de plusieurs semaines. Pendant ce temps, on se livrait à Londres à une foule de conjectures sur l’absence de lord Stuart, et on pensa généralement qu’il s’était embarqué pour la Hollande, chargé d’une mission secrète près du roi Guillaume. Déjà, dit-on, le ministère anglais avait envoyé un émissaire à Amsterdam pour épier sa conduite, et déjouer des intrigues qu’on regardait comme dangereuses de la part d’un homme aussi habile, lorsqu’un matin le malheureux lord apparut sur le rivage d’Ecosse, encore plus maigre qu’on ne l’avait jamais vu, et dans un état de délabrement qui n’eût pas fait soupçonner en lui un membre de la chambre des pairs et l’un des plus nobles représentans de l’aristocratie anglaise près des grandes cours de l’Europe. On dit que la gravité de lord Grey n’a pas tenu au récit de cette aventure, et qu’il a témoigné à lord Stuart le regret de ne l’avoir pas chargé d’une négociation près du gouverneur du Groënland.

M. Thiers se marie décidément la semaine prochaine ; il épouse Mlle Dosne. M. Dosne, futur beau-père de M. Thiers, avait été nommé receveur-général à Brest, à l’époque où M. Thiers était secrétaire-général du ministère des finances. Le titre de pair de France a été promis à M. Dosne en faveur de ce mariage. Cette nomination aura lieu prochainement.

Quelques personnes mal informées ou malveillantes ont répandu le bruit que M. Aguado avait réuni quelques capitalistes et quelques hommes d’état absolutistes dans son château de Petit-Bourg, et que là il avait été question d’ouvrir un emprunt en faveur de l’infant don Carlos, que la QUOTIDIENNE décore du titre de Charles V. Il est très vrai qu’un grand nombre d’Espagnols, jugeant avec raison de l’influence de M. Aguado, par sa grande fortune et sa capacité, se sont groupés autour de lui, comme au centre de la force et de la pensée. Il est également vrai que des ouvertures ont été faites pour négocier un emprunt, et que ces ouvertures ont été accueillies, non pas avec faveur, mais avec enthousiasme. Seu-