Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/24

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cheval sauvage qu’il ombrage de ses ailes. Et nous aussi, nous savons le chêne sous lequel s’est abattue la cavale de Rome, que nos serres vont déchirer. Nornes et valkyries, mêlez dans vos chaudières le bec de l’aigle, les dents de Sleipnir, l’ivoire de l’éléphant qui font les runes des combats, et donnent la sagesse aux lèvres qui les touchent. Par le bord du bouclier, par la proue du vaisseau, par la pointe du glaive, par la roue du chariot, par l’écume de la mer, suivez-nous, soyez-nous propices. Le corbeau se penche sur l’épaule d’Odin pour redire nos paroles à son oreille. Le cerf court à travers la forêt, et se nourrit des branches du frêne qui ombrage les dieux ; et nous, nous marchons après lui sur les feuilles sèches des forêts. Nous descendons vers le midi, comme la neige fondue qui descend dans les vallées. »

CHŒUR DES HÉRULES

« Tenons-nous par la main pour une danse guerrière. Les femmes du Danube se dressent à demi dans le fleuve, sur leurs corps de cygnes, pour nous regarder passer. Mais le vent du nord est notre roi ; c’est lui qui nous envoie abattre sur la terre les feuilles des orangers et les fleurs de la vigne. Oh ! marchons à grands pas avant que les figues soient mûres, avant que les citrons tombent d’eux-mêmes au pied de l’arbre, et que les raisins soient séchés sur la vigne. Encore un jour, et nous ne trouverons que l’écorce des oranges balayées à l’entour du bois. »

CHŒUR DES HUNS

« A cheval ! à cheval ! demain vous achèverez de tondre la crinière des étalons sauvages. A cheval, dans la plaine et sur la montagne. Les fées se suspendent aux crins échevelés ; les gnômes et les gnomides mordent en courant les croupes et la queue des chevaux. Crinières sur crinières, naseaux contre naseaux, au loin, au large, à l’alentour, que notre bande passe comme un nuage d’hiver sur une steppe de Mongolie ; rapide au soleil couchant, et puis rapide quand le matin vient à luire, et puis rapide encore sous le soleil brûlant du jour, et puis après le jour dans les ténèbres de la nuit. Malheur à qui tourne la tête pour regarder en arrière ! un djinn ailé qui le suit le renverse et le jette aux vautours. Voyez ! l’herbe est encore penchée sous des pas d’archers qui nous ont devancés. Leur flèche touchera le but avant la nôtre. Nous arriverons quand