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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/227

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entretenus avec soin ; de là, ces journaux qu’on lisait il y a quarante ans en famille, et qu’on lit encore aujourd’hui en famille. Leur style, leur format, n’ont pas changé : leur orgueil de vieilles têtes n’a pas pu leur laisser choisir un papier un peu moins jaune et des caractères plus lisibles. Les guerres sont venues, les révolutions se sont faites, la face des empires a changé autour d’eux, et ils sont restés ce qu’ils étaient, fidèles sectateurs des coutumes passées ; protestant, par leur attitude, contre notre esprit d’innovation ; espèces de pères nobles en habit de gros drap et en perruque, se moquant du frac léger et des airs éventés des hommes de cette époque. Vous ririez de voir ce SPECTATEUR DE LA SPRÉE en une demi-feuille ployée en in-8°, un mauvais médaillon gravé en tête, comme les images de contes bleus des frères Decker ; un papier qui mange la moitié des lettres d’impression, tant il est spongieux et ridé ; avec cela, des historiettes de bonnes d’enfans, des nouvelles comme en donne Matthieu Laensberg ! Et ce SPECTATEUR DE LA SPRÉE, grrace à son vieil âge, n’en compte pas moins douze mille abonnés, plus que jamais, chez nous, le talent de leurs rédacteurs n’a pu en procurer au COURRIER FRANÇAIS et au NATIONAL !

Vient encore une troisième série, non moins fastidieuse que les deux autres : c’est celle de toutes ces publications que l’on établit aujourd’hui pour soutenir une théorie qui tombera demain ; c’est celle de toutes ces petites feuilles soi-disant caustiques et mordantes qui veulent singer les allures de notre CHARIVARI et de notre CORSAIRE, et ne réussissent le plus souvent qu’à faire de lourds jeux de mots et des pointes d’esprit sans portée ; c’est celle encore de toutes ces feuilles de poètes et romanciers-amateurs, de dames du grand monde et d’étudians fashionables, qui se gonflent des vers de monsieur le baron, des nouvelles de madame la conseillère, des bouts de drame de monsieur le chambellan ; mauvais marquetage de littérature, pâle et insignifiant pastiche de ce fait à quelques pas de là un bon poète, un romancier habile. Mais au-dessus de toutes ces fades et ennuyeuses publications, voici venir, avec leur large portée et leur juste ascendant, ces journaux où l’Allemagne se reflète avec son caractère profond et sérieux, ses études suivies, et son talent d’observation. Voici le JAHRBÜCHER de -Vienne, remarquable par les idées qu’il émet sur la connaissance de l’histoire et de la philosophie ; le JAHRBÜCHER de Berlin, auquel les élèves de Hegel, et entre eux tous M. Henning, ont imprimé une haute direction ; le POLITISCH ZEITSCHRIF, qui se publie aussi à Berlin, et dans lequel M. Savigny ne craint pas d’épancher les trésors de sa science ; le journal de jurisprudence dirigé par Hitzig ; celui d’histoire naturelle, où notre célèbre compatriote M. de