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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/225

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alarmantes, et un de fonds si bien raisonné. Cette pauvre France, comme on l’habille ! Comme on la représente chétive et sans ressources, ou couverte d’hommes armés ; douce et inquiète, ou rugissant de colère ; tremblant derrière ses forteresses, ou s’élançant au-delà des frontières ! Si vous saviez quel parti un journaliste quelque peu entendu aux affaires peut tirer d’un tapage qui se fait dans un de nos théâtres de province, d’une démission de député et d’un banquet patriotique ! comme d’une vitre cassée il lui est facile de créer une émeute, et d’un toast républicain une protestation unanime contre l’ordre de choses actuel ! Vous avez vu de ces microscopes effrayans qui vous font d’une mouche un monstre prodigieux ? Les journalistes allemands qui sont bien avec la diète se servent de tels microscopes pour lire les débats de nos chambres et les nouvelles de notre pays. Avec cela, un discours de M. Garnier-Pagès est un acte de sédition flagrante ; et une chanson que l’on imprime en l’honneur de Henri V ne peut manquer de ramener bientôt la branche aînée sur le, trône… Voilà cependant comme l’éducation des peuples se fait, quand le peuple ne se charge pas de la faire lui-même. Quelques-uns de ces journaux, mais bien peu, il est vrai, grace à leur ancienneté et à la haute influence qui les protège, comptent cependant un nombre d’abonnés qui ferait envie à plus d’un de nos bons journaux français. La GAZETTE D’AUGSBOURG est répandue par toute l’Europe ; l’OBSERVATEUR AUTRICHIEN s’est tiré à six mille exemplaires ; la SPENERSCHE ZEITUNG, qui paraît à Berlin, se tire encore à dix mille ; et le journal de Leipzig, avec son privilège, qui lui ôte en Saxe toute crainte de concurrence, compte au moins huit mille abonnés. La plupart des journaux allemands, soit politiques, soit littéraires, ne paraissent que certains jours de la semaine, et, d’ordinaire, dans le format in-40, à deux colonnes, papier gris et mauvaise impression. L’ALMANACH DE LIÉGE passerait pour un bijou de gravures et de typographie auprès du plus grand nombre d’entre eux.

Après cela, on se demande pourquoi le gouvernement, qui se montre si sévère à l’égard des journaux du pays autorise l’introduction des journaux étrangers, et notamment des nôtres ? Mais c’est que, d’un côté il serait assez difficile de s’opposer totalement à cette introduction. L’Autriche a beau faire visiter avec une rigoureuse exactitude les malles des voyageurs, et saisir jusqu’à un demi-numéro égaré du CONSTITUTIONNEL qui enveloppe un livre ou une douzaine de cravates, les Autrichiens n’en sont pas moins, tout comme d’autres, au courant de notre politique ; et, en laissant passer nos journaux, l’autorité accorde d’un air libéral ce qu’elle ne pourrait guère empêcher. Ensuite, par leur prix assez élevé, par leur rédaction en langue étrangère, ces journaux ne s’adressent jamais