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et la forteresse : les rois en défendent l’entrée avec des ordonnances et des condamnations ; les peuples montent à l’assaut avec courage et persévérance. Plus d’un bastion est déjà pris, plus d’une brèche est déjà faite : gare le corps-de-logis et les défenses intérieures !

Nos relations habituelles avec l’Angleterre nous ont assez fait connaître l’état du journalisme dans ce pays. Nos relations avec l’Allemagne sont moins fréquentes, l’idée que nous avons de ses journaux est moins précise, et voilà ce qui nous donne la hardiesse de rapporter à cet égard quelques observations prises sur les lieux même.

Il y a deux manières d’envisager l’état de la presse : c’est d’abord de calculer le nombre de ses organes, puis d’observer leur attitude et leur langage.

Sous le premier point de vue, l’AIIemagne serait de beaucoup supérieure à la France. D’après le tableau de l’OFFICE-CORRESPONDANCE, nous ne comptons guère, je crois, que quatre cent cinquante journaux ; et le catalogue d’abonnemens publié par la poste de Berlin, en 1855, présente sept cent quatre-vingts feuilles périodiques écrites en langue allemande. C’est que là pas une société, pas une secte, pas une science, pas une association, ne manque d’avoir un représentant, et ce représentant est un journal hebdomadaire ou mensuel, grand in-12 ou petit in-4°. Allez en Allemagne, vous trouvez à foison les journaux de dogmes religieux, d’écoles, de théories scientifiques, de voyages, journaux de chasse, de métiers, de paysans (Bauernzeitung) ; puis les journaux de villages (Dorfzeitung), qui se fabriquent, bien entendu, dans les villes. C’est que, d’abord, l’Allemand est de son naturel encore plus studieux et plus porté à la réflexion qu’on ne l’imagine : là, les plus petits villages ont leurs cabinets de lecture ; le maître d’une taverne, qui vous versera, pour quelques kreutzers, un verre de bière sur le coin d’une table, peut vous mettre en même temps entre les mains un journal politique ou littéraire, à votre choix. Le pasteur a son journal ; le bourgmestre, l’adjoint, le maître d’école, le juge, l’artisan, tout homme un peu aisé veut avoir son journal ; et, si vous arrivez le dimanche soir dans une famille allemande, vous pouvez être assuré de trouver le maître de la maison faisant à haute voix la lecture du journal, comme une lecture utile ou édifiante. Une autre raison contribue encore à multiplier ainsi les journaux, c’est la division du pays entre tant de petits états, tant de villes capitales, qui tous veulent posséder leur moniteur, et tant d’universités, qui toutes aussi veulent développer leur méthode d’enseignement et la science de leurs professeurs.

Dans cette grande quantité de feuilles périodiques, celles qui occupent