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à boire. Ce flot est trop amer ; qu’il retourne à sa source ! Un autre, un autre, et puis cent, et puis mille. A mon caprice que tout se ploie ! D’un souffle, je fais, je défais mes villes mugissantes ; mes murailles, pour me défendre des larrons, ne me coûtent à bâtir jusqu’aux nues, qu’une haleine. Mon royaume n’a point de bords ni de portes pour sortir. La flèche empanachée ne me peut rien ; l’épée qui me frappe se rouille dans mon sein. Au loin, auprès, il n’est pas un voisin qui me pense détrôner. Si je me souille, j’ai de quoi laver ma tache, et rien ne laisse de trace derrière moi que mon manteau, quand le soleil l’empourpre.

LE PÈRE ÉTERNEL

Assez, majesté d’écume, goutte d’eau à ton tour, déjà trop enivrée. Voilà, pour ta peine, une herbe déracinée, avec un peu de mousse, à ronger sur mon rivage.


SECONDE JOURNÉE


LES BARBARES.
L’EMPEREUR DOROTHÉUS, debout sur les murs de Rome

Du haut de ma plus haute tour, j’attends l’arrivée de mes trois messagers. Le premier a suivi la route de Ravenne ; le second a pris des sandales ferrées pour monter sur les Alpes ; le troisième est descendu là où le Danube creuse son lit. Oh ! qu’ils tardent à revenir mes trois messagers ! L’ombre s’accroît aux pieds de mes tours, l’épouvante dans mon cœur. Mais, Italie, qu’as-tu donc fait que les cigognes emportent leurs petits des toits de Rome et de Florence ! Je ne peux pas, comme elles, emporter tes villes et les cacher sous les branches des arbres, dans les rochers et les forêts de la Sardaigne. Qu’as-tu donc fait de ton ciel azuré, de tes fleurs d’oranger, de tes golfes assoupis, de tes forêts de myrtes, de tes montagnes de marbre, que tu trembles comme une esclave engraissée pour les lions du cirque ! Si tu étais encore endormie dans le berceau de Rome, au moins on pourrait te cacher sous un toit