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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/21

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LE ROI

Miséricorde !

L’OCÉAN, en battant la porte

Et le verrou ! et le verrou !

LE ROI

Pitié !

L’OCÉAN, en redoublant

Et le loquet ! et le loquet !

LE ROI

Mer des îles, Océan tout d’écume, que veux-tu à ma porte ? Si tu demandes mon manteau, le voici.

L’OCÉAN

Votre manteau, beau sire, est trop petit pour mes épaules.

LE ROI

Si tu veux ma coupe d’or, pleine de vin pour t’enivrer ; prends-la dans ta vague.

L’OCÉAN

Que votre coupe, sur mes lèvres, me désaltère ; c’est pour rire, mon maître !

LE ROI

Eh bien ! voici ma couronne ; mets-la sur ton front.

L’OCÉAN

Fi ! de votre couronne ; j’aime mieux, pour bandeau, ma poussière d’écume.

LE ROI

Que veux-tu donc ?

L’OCÉAN

M’asseoir là, à votre table, à votre place. Allez régner sur mes grains de sable. Encore un pas, et je suis sur votre trône. M’y voici ; qu’on y est à son aise ! Là où était un monde, là est un flocon d’écume ; à mon tour, je suis donc roi. Avec le sceptre je veux jouer, avec la tiare odorante, avec les vases du banquet ; je lèche les coupes des convives jusqu’au fond ; ce vin de roi m’enivre ; mes vagues, qui chancellent, sont mes sujets. Çà, qu’on se courbe jusqu’à terre. A présent qu’on soupire ; à présent qu’on se taise ; à présent qu’on sanglotte. Mes fleuves, en foulant, comme des vendangeurs, les pampres de leurs rives, sont mes échansons qui m’apportent