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ce fruit tombé de mon rameau pour y chercher le ver rongeur ; pas un n’a soulevé le sceau des mers et des villes ruinées et des tombeaux des peuples que j’entassais toujours pour cacher mes trésors ; pas un ne s’est baissé pour voir verdoyer, dans l’abîme, le germe de mes moissons nouvelles, sous le nuage de la terre.

SAINT HUBERT

Seigneur, long-temps j’ai voyagé dans l’Europe et l’Afrique ; j’ai vu des orangers plus hauts que de grands chênes, autour des monastères, des flots plus bleus que la tunique de votre fils unique, sur le chemin de Jéricho, des paillettes et des sables d’argent, aux arbres du désert, la gomme et L’encens de Noël, et dans des roses de Joppé, des larmes de cristal. Serait-il bien possible, mon divin Créateur, que sous ces bois de myrtes, sous ces rivières et ruisseaux transparens, sous ces rochers et murs écroulés, vous eussiez mis encore des merveilles et des trésors magiques qu’aucun homme n’a vus ni touchés de ses doigts ?

LE PÈRE ÉTERNEL

C’est une longue histoire qui m’oppresse moi-même. Mes Séraphins vont célébrer devant vous ce terrible mystère ; tous y auront leur place ; chaque temps, chaque siècle que je secouai, l’un après l’autre, des plis de mon manteau, s’expliquera, par eux, dans son propre langage. Des montagnes et des plaines, fleurs, ouvrez-vous ; trouvez une voix pour dire ce secret que vous gardâtes si bien au fond de vos calices. Les enfans morts en naissant répèteront ici, sur le sein de leurs mères, vos pensées endormies, vos rêves embaumés. Terre, ouvre-toi pour montrer ton génie. Le chœur des archanges redira tes paroles à son de trompe. Que les étoiles brillent comme la lampe du veilleur quand elle était pleine d’huile. Venez, troupe d’élus, comme l’herbe fauchée, vous entasser autour de moi ; penchez-vous sans rien craindre chacun sur vos nuages, regardez dans l’abîme, et soyez attentifs ; le spectacle va durer approchant six mille ans…


LE DÉLUGE.


LE PÈRE ÉTERNEL, à l’Océan.


Comme un mot mal écrit dans mon livre, va effacer la terre.