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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/171

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— Oh ! certainement, ma tante, dit Sarah en rougissant.

— Il n’est pas besoin sans doute, mon enfant, que je fasse appel à vôtre pudeur et à votre fierté ; l’une et l’autre doivent vous suggérer une grande prudence et beaucoup d’empire sur vous-même…

— Oh ! certes, ma tante, reprit la jeune Anglaise avec un mélange d’orgueil et de douleur qui lui donna l’expression d’une vierge martyre de Titien.

— Si mon fils, poursuivit Metella, est réellement lié au célibat par quelque engagement qu’il ne puisse pas confier, même à moi, il faudra bien, Sarah, que vous vous sépariez l’un de l’autre…

— Oh ! s’écria Sarah effrayée, est-ce que vous me chasseriez de chez vous ? est-ce qu’il faudrait retourner au couvent ou en Angleterre ? Loin de lui, loin de vous, toute seule !… Oh ! j’en mourrais ! Après avoir été tant aimée !

— Non, dit Metella d’une voix grave, je ne t’abandonnerai jamais ; je te suis nécessaire : nous sommes liées l’une à l’autre pour la vie. »

En parlant ainsi elle posa ses deux mains sur la tête blonde de Sarah, et leva les yeux au ciel d’un air solennel et sombre. En se consacrant à cette enfant de son adoption, elle sentait combien étaient terribles les devoirs qu’elle s’était imposés envers elle, puisqu’il faudrait peut-être lui sacrifier le bonheur de toute sa vie, la société d’Olivier.

— Me promettez-vous du moins, continua-t-elle, que si, après avoir fait tout ce qui dépendra de moi pour votre bonheur, je ne réussis pas à fermer cette plaie de votre âme, vous ferez tous vos efforts pour vous guérir ? Ai-je affaire à une enfant romanesque et entêtée, ou bien à une jeune fille forte et courageuse ?

— Doutez-vous de moi ? dit Sarah.

— Non, je ne doute pas de toi : tu es une Mowbray, tu dois savoir souffrir en silence… Allez vous coiffer, Sarah, et tâchez d’être aussi soignée dans votre toilette, aussi calme dans votre maintien que de coutume. Nous allons attendre quelques jours encore avant de décider de notre avenir. Jurez-moi que vous n’écrirez à aucune de vos amies, que je serai votre seule confidente, votre seul conseil, et que vous travaillerez à être digne de ma tendresse.