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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/124

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« Voilà qui est étrange ! dit Rouen dans sa Revue, Mme Dorval était vraie en France quand tout le théâitre était faux. Or, tandis qu’elle poursuit le cours de sa gloire dramatique, voilà Célimène qui veut être Mme Dorval, et Clytemnestre qui veut être Mme Dorval ; et, bien plus ! toutes les deux veulent qu’elle-même ne soit plus Mme Dorval, et l’empêchent de jouer à Paris ! Chacune d’elles ferme une porte de son paradis terrestre, et la garde. On conçoit dans l’art un sentiment de rivalité qui sert l’émulation ; mais craindre que votre rivale ne devienne votre supérieure, et, pour l’empêcher, s’en défaire par tous les moyens possibles, est un méfait qui n’est pas du ressort des lois, mais qui ne peut être absous par un jugement public. »

Paris sait très bien ce que Rouen lui dit là ; Paris en gémit et en souffre, et emploie, pour le témoigner au Théâtre-Français et à la Porte-Saint-Martin, le meilleur moyen possible : il n’y va pas. La punition est sévère, mais trop lente. Les directions jalouses, maladroites et haineuses, les administrations incertaines, méticuleuses, indolentes, tout cela se traîne, à la manière des limaçons il est vrai, humblement et lentement ; mais cela marche enfin, et ce qui se traîne si bas ne fait pas de chute : cela peut aller long-temps encore, et il y a peu de remède, à moins qu’un jour un gouvernement intelligent, ou le public en masse, ne mette le pied dessus.



F. Buloz