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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/114

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de guérillas, par laquelle il espère dévaster le pays. Pendant ce temps, les voyages du fameux bateau à vapeur le Carlo Alberto tiennent toutes nos autorités en éveil ; il est signalé sur toutes nos côtes, et l’on s’attendait à voir reparaître la duchesse de Berry dans la Vendée, pour l’époque de la majorité de son fils, qui a eu lieu le 29 septembre. Le Carlo Alberto, tant redouté, s’est cependant présenté à Marseille, avec des papiers en règle, justifiant de sa route, pendant laquelle il a transporté à Livourne, à Gênes et à Nice, des baquets de sangsues, des balles de soie, et des barils de cochenille. On ne parle pas de quelques passagers, honnêtes négocians sans doute, qui trafiquaient d’autres marchandises, les autorités sardes ayant pourvu à ce que la police de France ne pût tracasser les propriétaires de cet intéressant navire.

M. de Talleyrand est de retour à Paris. On a fait aussi beaucoup de conjectures sur le retour de M. de Talleyrand. Son auguste ami, comme disait M. Viennet, qui se défend beaucoup cependant de cette expression qu’on lui prête, son auguste ami disait bien bas, bien confidentiellement, que, depuis quelque temps, le prince des diplomates était continuellement en proie à ce sommeil incommode qui saisissait aussi trop souvent le sublime Homère, et qu’il s’endormait en tous lieux, à toute heure, aux conférences de Downing-Street comme dans le salon du roi d’Angleterre, au whist et à table. On le plaignait beaucoup, sans doute ; mais les plus belles organisations ont une fin, disait-on, et son absence ne serait pas aussi vivement sentie à Londres qu’on pourrait le croire. Nous ne rechercherons pas les motifs secrets de ces condoléances amicales, nous dirons seulement qu’elles ne sont pas fondées. M. de Talleyrand s’est présenté à Paris plus vif, plus frais, plus caustique, plus net d’esprit et plus lucide que jamais. La mort de l’un de ses principaux hommes d’affaires le force de s’occuper lui-même, pendant quelque temps, de la gestion de ses biens ; et il se dispose à partir pour Bourbon-l’Archambault et pour Valençay. Il est vrai qu’il a vendu ses chevaux à Londres ; mais il dit que ses chevaux étaient déjà vieux ; qu’il a congédié son cuisinier français, mais il assure que ce cuisinier s’était gâté la main en Angleterre, et qu’il eût fallu le remplacer : toutes ces choses, il les retrouvera au besoin ; rien ne l’embarrasse et ne l’inquiète, et on verra bientôt reparaître sur la scène ce vieillard malicieux, dernière ruine de l’assemblée constituante, qui, juché sur les décombres de sept ou huit régimes qu’il a enterrés, ricane comme un don Juan politique au milieu du monde, qui cherche vainement à le deviner. Au reste, M. de Talleyrand, par sa haute considération en Angleterre, par ses manières, son esprit, et surtout par son faste inoui et par l’éclat extraordinaire de son train et de sa maison, a rendu l’ambassade de Londres désormais impossible. En vérité, on a droit de s’inquiéter pour son successeur, et on se demande quelle figure feront M. Viennet et M. Edmond Blanc, par exemple, quand ils seront chargés de représenter la France à Londres ?

Le luxe de M. de Talleyrand a excité l’émulation. La cour n’avait pas encore