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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/109

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qui l’avait si fidèlement servi dans toutes ses fautes, le licenciement de la garde nationale, et cette fournée de pairs dont il disait dans son spirituel cynisme : « J’en ferai tant qu’il sera honteux de l’être, et honteux de ne l’être pas ; » jusqu’à cette boucherie de la rue Saint-Denis, faite au moment des élections, et dont on n’ose sonder la source, tant on frémit de trouver des taches de sang à des mains qui n’étaient encore qu’impures. Dans cette terrible journée et dans cette plus terrible nuit, M. Villèle se montra ce que nous nommons un politique consommé, et ne s’occupa que de donner des ordres pour faire mander aux départemens le péril où se trouvait le trône et pousser les préfets à reporter toutes les voix sur les candidats royalistes. Avec les nombreux visiteurs qui affluaient à l’hôtel des finances, M.Villèle ne s’occupait que des élections. — Faudrait-il se jeter sans réserve dans le parti royaliste, passer vers le centre gauche, modifier son ministère en y faisant entrer M. de Polignac ou M. de Martignac, renvoyer M. de Peyronnet ou son vieil ami Corbière ? M. Villèle était décidé à tout. A tout, non ; car il ne pouvait se décider à quitter le ministère. Chaque courier changeait ses projets et ses opinions. Il y eut une certaine dépêche qui les modifia tellement, qu’il fit proposer secrètement à Casimir Périer le portefeuille de l’intérieur et du commerce. M. de Pastoret, M. Portalis, une foule d’autres furent tentés tour à tour ; enfin il fallut bien reconnaître que la place n’était pas tenable. M. Villèle se résigna donc à entrer dans la chambre des pairs ; car ses successeurs refusaient les portefeuilles, s’il persistait à rester dans la chambre des députés.

Rendu dès ce moment à lui-même, M. Villèle a pu exercer librement la plus haute qualité qui le distingue, la prudence. On ne l’a pas vu prendre la parole dans la chambre des pairs, où, sur toutes les questions, il eût couru le danger de se compromettre ; les élections, où il pouvait jouer un rôle actif, n’ont pas été pour lui une occasion de développer son influence ; il a su se soustraire à cette exaspération de dévouement, qui a précipité M. de Peyronnet dans la prison de Ham ; et s’il ne lui a pas été permis de refuser la visite de quelques illustres victimes de son parti, dans son magnifique domaine de Morville-la-Basse, où il vit retiré, et dont il a triplé les revenus par son habile gestion, il n’a du moins pris nulle part, à