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congrégation ou consolider légalement son existence. Or c’est là ce que demandait M. Villèle. Il ne s’agissait pour lui que de savoir où était le pouvoir ; il le cherchait de bonne foi et avec ardeur, non pour le combattre, mais pour lui tendre la main.

Dans l’indécision où il se trouvait, il fallut cependant faire violence à ses sentimens, et soutenir devant les chambres cette fameuse loi de la presse, que le parti religieux lui arracha. La discussion de cette loi fut traversée par un petit incident qui augmenta encore l’impopularité de M. Villèle. L’ambassadeur d’Autriche, par ordre de sa cour, sans doute, avait ordonné à ses gens de ne pas annoncer, dans son salon, les maréchaux de l’empire avec leurs titres nobiliaires. Le comte Appony consentait volontiers à recevoir chez lui le maréchal Oudinot, le maréchal Soult et le maréchal Mortier ; mais il refusait absolument d’ouvrir sa porte aux ducs de Reggio, de Dalmatie et de Trévise. L’opposition, en masse, prit fait et cause pour les maréchaux ; et M. Villèle fut sommé, à la chambre, de demander réparation de cette offense faite à la nation. M. Villèle, très débonnaire de sa nature, ne ressentait nullement l’offense. Il répondit qu’un ambassadeur, dans son hôtel, est censé dans son pays, et que c’était aux maréchaux français à ne pas aller en Autriche. Mais cet argument fut très peu goûté par la chambre. M. Hyde de Neuville lui répondit avec beaucoup de noblesse ; et M. Sébastiani, qui depuis s’est montré moins susceptible, parla, avec l’enthousiasme d’un soldat de la révolution, du sentiment national attaché à ces titres qu’on livrait à la merci d’un laquais. M. Villèle, voyant la tournure que prenait cette affaire, revint dire à la chambre qu’il était heureux d’annoncer (ce furent ses termes) que le maréchal qui avait été l’objet des refus de l’ambassadeur, avait reçu une ample et complète satisfaction. Deux jours après, on sut que M. Appony avait nettement refusé de reconnaître les titres du maréchal Soult et du duc de Trévise, et qu’il avait admis seulement celui du duc de Reggio ; mais la clôture était prononcée, la chambre avait passé outre, et le génie fertile de M. Villèle avait encore triomphé de cet obstacle.

La loi de la presse augmentait à la fois le timbre et le port des journaux ; M. Villèle déclara qu’il ne voulait pas tuer les journaux,