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et dont, il faut le dire M. Villèle était incapable. Grace à lui, toute la France était attirée à la Bourse, et l’agiotage remuait avec fureur toutes les classes, comme au temps de la rue Quincampoix et du Perron ; on y voyait chaque jour accourir les cultivateurs, les manufacturiers, les généraux, les magistrats, les gens de lettres. Les danseurs de l’Opéra et les femmes elles-mêmes y avaient leur coin, et, comme le disait spirituellement à la chambre M. de Girardin, qui jouait beaucoup lui-même, on trouvait là le maître et le valet se coudoyant et se rudoyant pour tâcher d’arriver un peu plus tôt près du crieur qui proclamait le cours. Pour M. Villèle, il s’étonnait très naïvement du peu de faveur que l’agiotage obtenait dans les chambres ; et, comme Périer se plaignait un jour, à la tribune, de n’être entouré à la Bourse que de comtes, de ducs, et même de grands officiers de la couronne « Hé ! c’est l’égalité que vous demandez tant ! » lui répondit gaiement M. Villèle.

Le ministre fut très applaudi par les bancs du centre droit ; il est, vrai que sur ces bancs siégeaient ces amis du matin qui venaient chaque jour exploiter les nouvelles du télégraphe que leur livrait le ministre, complaisance coupable qui ne contribua pas peu à le maintenir au pouvoir.

Il faut dire à la justification de M. Villèle qu’il était trop complètement homme d’affaires pour bien sentir la force du blâme qui pouvait rejaillir sur lui, et qu’il ne comprit certainement pas la portée de cette phrase que lui adressa M. de Mosbourg dans une de ses fameuses lettres, lorsqu’il lui annonça « que la vengeance des chiffres et des principes n’est jamais incertaine. » Cette singulière innocence de M. Villèle était telle, qu’il parla un jour à la chambre sans le moindre détour, et comme de la chose la plus naturelle, des gros bénéfices qu’il procurait sur les emprunts. Hâtons-nous de le dire, un cri de pudeur et d’indignation s’éleva dans cette chambre corrompue et vénale : « Vous voulez augmenter les bénéfices sur les emprunts ! s’écria une voix de la gauche. Mais depuis quand les emprunts ne sont-ils plus considérés comme des malheurs publics ? Depuis quand ne sont-ils plus une douloureuse obligation à laquelle les nations sont assujéties par impérieuse nécessité ! Des bénéfices sur les emprunts ! La tribune