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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/92

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Même chose dans tous les théâtres de l’Union, même dans celui de Washington.


« On crachait continuellement, et sur dix hommes il n’y en avait pas un qui fut assis comme une créature humaine. Les pieds de l’un étaient posés sur le bord de la loge, ceux de l’autre appuyés contre un des côtés. Par ci, par là un sénateur couvrait de son corps toute la longueur d’une banquette, et sur plusieurs points le devant des loges servait de sièges à ceux qui les occupaient.

« Je vis un beau jeune homme d’une mise très-recherchée, et qui était certainement un personnage de distinction, introduire ses deux doigts dans la poche de son élégant gilet de soie, en extraire délicatement ce que je n’ose appeler de son nom, et le déposer gravement au fond de sa bouche. »


Contentons-nous de dire que ces habitudes et cette tenue sont celles des juges dans les tribunaux, des représentans du peuple dans la salle du congrès, et des hommes de la meilleure société dans les salons, et hâtons-nous de laisser là ces formes extérieures pour en venir au défaut plus intime dont elles ne sont que l’expression la plus choquante, la grossièreté du goût lui-même, l’absence de rafinement, comme dit mistress Trollope ; et là-dessus, laissons la parler, elle est sur son terrain, et dira beaucoup mieux que nous,


« Avant mon voyage aux États-Unis, je n’avais point l’idée du retour que l’impôt fait à ceux qui le paient, non-seulement sous forme de salaire de leur industrie, mais encore sous forme de jouissance et de plaisir. Si j’avais l’honneur de siéger au parlement d’Angleterre, au lieu de mettre les séditieux à la Tour, je les enverrais faire une promenade aux Etats- Unis. J’étais moi-même assez séditieuse à mon départ pour l’Amérique, mais je puis bien dire que je me suis trouvée complètement guérie avant d’avoir parcouru la moitié du chemin que j’y ai fait.

« Comme une autre, j’ai lu dans les livres de fort belles choses sur les besoins simples et peu nombreux de l’homme de la nature, et comme une autre j’ai admis, avec une foi implicite, cette belle maxime, que chaque nouveau besoin qu’on acquiert est une nouvelle source de privation et de misère. Mais j’ose dire que ceux qui raisonnent là-dessus, dans les salons parfumés de Londres, ne sont point du tout en position d’en bien juger. Si les besoins physiques étaient nos seuls besoins, ce qui suffit à