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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/89

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la mesure qui a expulsé les tribus indiennes des territoires qui leur avaient été concédés dans quelques états de l’Union. Voici comment elle s’explique sur cette mesure, qui a donné lieu à de si vives discussions entre les ennemis de l’Amérique et ses défenseurs.

« J’étais à Washington à l’époque où la mesure d’expulser des terrains qui leur avaient été concédés, les derniers restes des tribus indiennes, fut adoptée par le congrès et sanctionnée par le président. Si l’on devait juger du caractère américain par la conduite de la nation en cette affaire, certes on aurait peine à compter les sentimens d’honneur et de justice au nombre de ses élémens. C’est au milieu des Américains et par des bouches américaines que j’ai entendu représenter leurs procédés à l’égard des infortunés Indiens, comme le comble de la perfidie et de la déloyauté. Quelque choquée que j’aie été des mœurs et des habitudes des Américains, j’ose dire que, si durant mon séjour parmi eux, j’eusse observé dans leur caractère national quelques traits qui justifiassent l’éloge qu’ils ne cessent de faire de leur amour pour la liberté et la justice, les jugemens de mon goût n’eussent fait aucun tort à ceux de ma raison, et je leur aurais accordé mon estime en leur refusant ma sympathie. Mais il est impossible, pour quiconque porte un cœur d’homme, de n’être pas révolté de la contradiction de leurs principes et de leur conduite. Ils déclament sans cesse contre les gouvernemens européens, dont la tendance, à les en croire, est de favoriser le fort et d’opprimer le faible ; allez au congrès, pénétrez dans les tavernes, assistez aux sermons de l’église et aux représentations du théâtre, vous entendrez cette prétendue tendance de nos gouvernemens, signalée, accusée, tournée en ridicule et anathématisée sous toutes les formes possibles. Et cependant considérez ce que fait ce peuple qui parle si bien ; vous le verrez d’une main élever le bonnet de la liberté, et de l’autre fouetter ses esclaves ; vous le verrez le matin prêcher à la tribune les imprescriptibles droits de l’homme, et le soir, chasser de leurs foyers les enfans du sol qu’il s’était engagé à protéger par les traités les plus solennels.

« Pour rendre justice à ceux des Américains qui n’approuvent pas cette honteuse politique, je transcrirai ici un passage d’un journal de New-York qui prouvera qu’il se trouve des hommes aux Etats-Unis qui ont en horreur les impudentes et odieuses mesures arrêtées à Washington en 1830.

« Nous ne connaissons rien, dit ce journal, qui touche de plus près