Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/87

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


frappai, et, quand la porte s’ouvrit, je fus sur le point de renoncer à mon entreprise. Jamais pareil repaire de misère et de saleté n’avait frappé mes yeux. Une femme, vivante image de la malpropreté et de la fièvre, tenait sur son bras gauche un sale enfant, tandis que de la droite elle pétrissait de la pâte dans une huche. Une grande fille maigre, de douze ans, était assise sur un tonneau, rongeant une croûte de pain. Quand j’eus dit l’affaire qui m’amenait, la femme me répondit : « Je n’ai ni poulets ni œufs à vendre ; mais mon garçon en a, et en abondance. Holà ! Nick ! s’écria-t-elle en se tournant vers le haut d’une échelle qui se perdait dans une ouverture du plafond, descends ; voici une vieille femme qui a besoin de poulets. »

« Au même instant, Nick parut au haut de l’échelle ; je reconnus en lui un des principaux personnages d’une troupe de polissons que j’avais remarqués dans mes promenades, jouant aux billes dans la poussière, et jurant à qui mieux mieux ; il avait l’air d’avoir une dizaine d’années.

— Avez-vous des poulets à vendre, mon garçon ? lui dis-je.

— Oui, et des œufs aussi, et plus que vous n’en achèterez.

» M’étant informé du prix, je me rappelai que c’était précisément celui que je payais au marché ; mais au marché on me livrait les poulets tout plumés et tout prêts à être mis en broche. Je fis part de cette observation à mon jeune commerçant.

— Oh ! si ce n’est que cela, me dit-il, je puis vous retrousser vos poulets tout aussi bien qu’on le fait au marché.

—Vous, Nick ?

— Oui certainement, et pourquoi pas ?

— J’imaginais que vous aimiez trop les billes pour être capable de pareille chose.

« Il me lança un regard moqueur : — Vous ne me connaissez guère, dit-il ; quand avez-vous besoin de vos poulets ?

» Je le lui dis, et à l’heure indiquée il me les apporta fort bien préparés. Depuis, je fis souvent affaire avec lui. Lorsque je le payais, il plongeait toujours sa main dans le gousset de son pantalon. Comme c’était là sa caisse, je présume que la citadelle était mieux fortifiée que les ouvrages extérieurs de la place, lesquels tombaient en ruines. Il avait coutume d’en tirer plus de dollars, de demi-dollars et de menue monnaie que sa sale petite main ne pouvait en tenir. Cela excita ma curiosité ; et quoique j’éprouvasse un dégoût involontaire pour ce petit juif, il m’arrivait presque toujours de causer avec lui.

— En vérité, Nick, vous êtes bien riche, lui dis-je un jour qu’il étalait avec son ostentation ordinaire son petit trésor. — Il se mit à sourire avec