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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/705

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On le voit, le livre devait finir avec le mariage de Raymon. C’était un dénoûment sombre, impitoyable, à la manière d’Eschyle, l’expiation pour le crime voulu, le châtiment terrible pour une faute à qui le temps seul avait manqué : le bonheur est de trop dans les dernières pages.

Mais Indiana n’en demeure pas moins un magnifique développement de l’adultère ; c’est un grand poème, et très-vrai, où bien des familles peuvent lire la destinée qui les attend.

Valentine, pour la composition et le style, est supérieure à Indiana. Les caractères sont mieux dessinés, leur silhouette est plus vive, plus nette, mieux arrêtée ; l’action est mieux conduite, et le livre ne finit vraiment qu’à la dernière page. On y sent à chaque pas l’expérience et la sécurité. La plume et la pensée, plus sûres d’elles-mêmes, s’abandonnent plus rarement aux inutiles effusions qui ralentissent le récit, et qui, loin de servir de halte et de point d’orgue, trahissent la jeunesse de l’écrivain… Habilement ménagées, ces interventions directes du narrateur, qui se peuvent comparer aux rentrées d’instrumens dans un concerto, délasseraient le lecteur pour l’attacher plus intimement ; trop multipliées, elles révèlent une timidité maladroite, qui s’oriente à chaque pas.

La fable de Valentine, aussi simple que celle d’Indiana pour la construction générale, admet pourtant un plus grand nombre de personnages. Au premier plan, il n’y a que deux acteurs, Valentine et Bénédict, celle qui doit succomber, et celui qui doit triompher, le vainqueur et la victime. Mais, outre ces deux figures principales, il y a, pour couvrir la toile, plusieurs autres types, finement indiqués, et qui donnent à tout le récit un naturel parfait. Athénaïs, Louise, la marquise et la comtesse de Raimbault, le père Lhéry, Pierre Blutty, Valentin, se groupent à merveille, et composent un monde tout entier, au milieu duquel l’auteur nous introduit si facilement, et en apparence avec si peu de préparation et d’artifice, qu’on a peine à ne pas croire à l’existence réelle de tous les personnages. On croit les reconnaître et s’en souvenir, comme si on avait vécu avec eux pendant plusieurs années.