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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/682

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De Gyac prit le chemin du pont, traversa les barrières, passa au milieu de la loge en charpente, arriva à la maison désignée, et eu ouvrit la porte. Tanneguy y donnait des instructions à une vingtaine de soldats armés de toutes pièces.

— Eh bien ? dit Tanneguy en l’apercevant.

— Êtes-vous prêts ? répondit de Gyac.

— Oui, maintenant il peut venir.

De Gyac retourna vers le duc.

— Le grand-maître a mal vu. Monseigneur, dit-il ; il n’y a personne dans cette maison.

Le duc se mit en marche. Il dépassa la première barrière, qui se referma aussitôt derrière lui. Cela lui donna quelques soupçons ; mais comme il vit devant lui Tanneguy et le sire de Beauveau, qui étaient venus à sa rencontre, il ne voulut pas reculer. Il prêta son serment d’une voix ferme ; et montrant au sire de Beauveau sa légère cotte de mailles et sa faible épée : Vous voyez, monsieur, comme je viens ; — d’ailleurs, continua-t-il en se tournant vers Duchâtel et en lui frappant sur l’épaule : Voici en qui je me fie [1].

Le jeune Dauphin était déjà dans la loge en charpente au milieu du pont : il portait une robe longue de velours bleu clair garnie de martre, un bonnet de la forme à peu près de nos casquettes de chasse modernes, dont le fond était entouré d’une petite couronne de fleurs de lis d’or ; la visière et les rebords étaient de fourrure pareille à celle de la robe.

En apercevant le prince, les doutes du duc de Bourgogne s’évanouirent ; il marcha droit à lui, entra sous la tente, remarqua que, contre tous les usages, il n’y avait point de barrière au milieu pour séparer les deux partis : mais, sans doute, il crut que c’était un oubli, car il n’en fit pas même l’observation. Quand les dix seigneurs qui l’accompagnaient furent entrés à sa suite, on ferma les deux barrières.

À peine s’il y avait dans cette étroite tente un espace suffisant pour que les vingt-quatre personnes qui y étaient enfermées pus-

  1. Enguerrand de Monstrelet.