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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/675

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d’assembler une armée et de marcher aux Anglais, il fit monter le roi, la reine et madame Catherine dans un carrosse, monta lui-même à cheval, et avec les seigneurs de sa maison il se retira, par Provins, à Troyes en Champagne, laissant en la ville de Paris le comte de Saint-Pol comme lieutenant, l’iladam comme gouverneur, et Me Eustache Delaistre comme chancelier [1].

Deux heures après le départ du duc de Bourgogne, les fugitifs commencèrent à arriver à Saint-Denis. C’était pitié de voir ces pauvres gens blessés, sanglans, à demi nus, mourant de faim, et exténués d’une marche de sept lieues pendant laquelle ils n’avaient pas osé se reposer un instant. Le récit des atrocités commises par les Anglais était écouté partout avec autant d’avidité que de terreur ; des groupes se formaient dans les rues tout autour de ces malheureux ; puis tout à coup le cri, les Anglais ! les Anglais ! retentissait, et chacun fuyait, rentrant dans sa maison, fermant ses fenêtres, barricadant ses portes et criant merci !

Cependant les Anglais pensaient plus à profiter de leur victoire qu’à la poursuivre. Le séjour de la cour à Pontoise en avait fait une ville de luxe : l’iladam et une partie des seigneurs qui s’étaient enrichis à la prise de Paris, y avaient entassé leurs trésors ; les Anglais y firent un pillage de plus de deux millions.

En même temps on apprit la prise de Château-Gaillard, l’une des citadelles les plus fortes de la Normandie. Olivier de Mauny en était le capitaine ; et, quoiqu’il n’eût pour toute garnison que cent vingt gentilshommes, il tint seize mois, et ne fut forcé que par une circonstance que l’on n’avait pu prévoir : les cordes pour tirer l’eau des puits s’usèrent et se rompirent ; ils supportèrent sept jours la soif, puis enfin ils se rendirent aux comtes de Huntingdon et de Kime, qui tenaient le siège.

Le Dauphin apprit en même temps à Bourges, où il rassemblait son armée, la reddition honorable de Château-Gaillard et la surprise inattendue de Pontoise. On ne manqua pas de lui représenter cette dernière ville comme ayant été vendue aux Anglais. Ce qui donnait quelque apparence de fondement

  1. Enguerrand de Monstrelet.