Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/667

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


enfant, et qu’il te suffise de m’avoir donné une nuit heureuse avec ta présence, d’avoir écarté la folie de mon front avec tes caresses ; va, mon fils, et que ce bien que tu m’as fait, Dieu te le rende !

Alors le roi se leva, la crainte d’une surprise le forçant d’abréger ces instans de bonheur si rares que la présence du seul être dont il fût aimé faisait descendre sur sa vie. Il conduisit le Dauphin jusqu’à la porte, le serra une fois encore contre son cœur ; et le père et le fils, qui ne devaient plus se revoir, échangèrent leur dernier adieu et leur dernier baiser. Le jeune Charles sortit.

— Soyez tranquille, disait au même moment de Gyac à Tanneguy, je le conduirai sous votre hache comme le taureau sous la masse du boucher.

— Qui ? dit le Dauphin, paraissant tout-à-coup à côté d’eux.

— Personne, monseigneur, répondit froidement Tanneguy ; le sire de Gyac me raconte une aventure passée depuis longues années.

Tanneguy et de Gyac échangèrent un regard d’intelligence.

De Gyac les conduisit hors des portes de la ville ; au bout de dix minutes, ils retrouvèrent Pothon et La Hire, qui les attendaient.

— Eh bien ! dit La Hire, le traité ?…

— Déchiré, répondit Tanneguy.

— Et l’entrevue ? continua Pothon.

— Aura lieu d’ici à peu de temps, si Dieu le permet ; mais quant à présent, messeigneurs, je crois que le plus pressé est de gagner du chemin. Il faut que demain, au point du jour, nous soyons à Meaux, si nous voulons éviter quelque escarmouche avec ces damnés Bourguignons.

La petite troupe parut convaincue de la justesse de cette observation, et les quatre cavaliers partirent aussi rapidement que pouvait les emporter le galop de leurs lourds chevaux de guerre.

Le lendemain, le sire de Gyac se rendit à Meulan, chargé de son double message pour le duc de Bourgogne. Il entra dans le pavillon où ce prince conférait avec Henri d’Angleterre et le comte de Warwick.