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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/666

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— J’en solliciterai une.

— Et Tanneguy ?

— Y consentira, mon père ; bien plus, il sera porteur de ma demande et l’appuiera, et alors le duc et moi, nous nous retournerons vers ces Anglais damnés, nous les pousserons devant nous jusqu’à leurs vaisseaux. Ah ! nous avons de nobles hommes d’armes, de loyaux soldats, une bonne cause, c’est plus qu’il n’en faut, monseigneur et père, un seul regard de Dieu, et nous sommes sauvés.

— Le seigneur t’entende ! — Il prit le parchemin déchiré. — En tout cas, dit-il, voici ma réponse au roi d’Angleterre.

— Sire de Gyac, dit aussitôt le Dauphin à haute voix.

Le sire de Gyac entra, soulevant la tapisserie qui pendait devant la porte.

— Voici, lui dit le Dauphin, la réponse aux propositions du roi Henri. Vous la porterez demain au duc de Bourgogne ; vous y joindrez cette lettre, c’est une entrevue que je lui demande pour régler en bons et loyaux amis les affaires de ce pauvre royaume.

De Gyac s’inclina, prit les deux lettres, et sortit sans répondre.

— Maintenant, mon père, continua le Dauphin, en se rapprochant du vieillard, maintenant qui vous empêche de vous soustraire à la reine et au duc, qui vous empêche de nous suivre ? Partout où vous serez, sera la France. Venez, vous trouverez près de nous, de la part de mes amis, respect et dévouement ; de ma part, à moi, amour et soins pieux. Venez, mon père, nous avons de bonnes villes bien gardées, Meaux, Poitiers, Tours, Orléans ; leurs remparts crouleront, leurs garnisons se feront tuer, nos amis et moi tomberons jusqu’au dernier sur le seuil de votre porte, avant qu’il vous arrive malheur.

Le roi regarda le Dauphin avec tendresse.

— Oui, oui, lui dit-il, tu ferais tout cela comme tu le promets… Mais il est impossible que j’accepte ; va, mon aiglon, tu as l’aile jeune, forte et rapide ; va, et laisse en son nid le vieil aigle dont l’âge a brisé les ailes et engourdi les serres ; va, mon