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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/651

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la haine des Indiens contre Waninika, car le vol est une chose inconnue parmi eux. Croyant la présence de deux blancs favorable à ses intérêts, ce dernier vint un jour chez Tapaïarwar et le menaça de notre vengeance, s’il continuait de réclamer son canard. Mais on pense bien que nous nous déclarâmes neutres entre les deux frères.

Le surlendemain de notre arrivée, les Indiens du Yarupi, que nous attendions, vinrent nous trouver suivant leur promesse. Ils étaient au nombre de quinze et accompagnés de leur capitaine, nommé Paranapouna. Un vieil uniforme portugais, que le hasard avait fait tomber entre ses mains, composait tout son costume, avec le calimbé. Il était probablement en son pouvoir depuis l’occupation de la colonie par les Portugais, ou avait été apporté dans l’Oyapock, par quelque Indien de l’Amazone, dans un de ces longs voyages que la plus légère circonstance leur fait entreprendre.

Pendant notre séjour chez Tapaïarwar, nous fumes témoins de quelques danses en grand costume. Les Indiens se préparèrent à la première plusieurs jours à l’avance. Chacun d’eux confectionna ses objets de toilette et ses instruments de musique. La pièce la plus importante parmi les premiers consistait en une coiffure de la forme de nos bonnets à poil, mais un peu moins élevée. La carcasse se fait avec l’écorce solide et flexible de l’arouma, qu’on emploie ordinairement à la fabrication des pagara, sorte de paniers d’un usage universel dans la colonie. Cette carcasse est ornée de plumes de toutes couleurs, disposées avec symétrie, et trois longues plumes d’aras, plantées à sa partie supérieure, la font paraître plus élevée qu’elle n’est réellement. Sur le devant elle se termine par une espèce de visière également en plumes, qui cache la moitié de la figure. Les calimbés que portaient les Indiens ce jour-là étaient deux fois plus longs que de coutume, et leurs deux bouts touchaient presque la terre. Ils avaient le corps et principalement la figure couverts de peintures régulières noires et rouges. Ce sont les femmes qui font ordinairement ces peintures, et elles y déploient beaucoup d’adresse et surtout de patience ; elles se servent, pour appliquer la couleur,