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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/645

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manaret ou tamis grossier fait avec l’écorce de l’arouma. Cette boisson est blanche comme du lait, épaisse, et a un goût aigrelet qui n’est pas désagréable et auquel on s’habitue promptement ; un Européen qui n’y est pas accoutumé peut en boire la valeur de deux bouteilles sans s’enivrer, et ce n’est qu’en en prenant des quantités énormes que les Indiens se procurent l’ivresse la plus complète.

Le ouicou se prépare en délayant dans de l’eau tiède une pâte fermentée, composée de cassave et de patates préparées d’avance. Son goût est plus doux et plus agréable que celui du cachiry ; il enivre aussi plus promptement. Le payaouarou et le paya s’obtiennent par des procédés analogues, et sont beaucoup moins en usage. Le dernier égale en force nos liqueurs spiritueuses.

Outre ces boissons, les Indiens en préparent d’autres non enivrantes, et à l’instant même, en écrasant des bananes ou des ignames dans de l’eau, et passant ensuite ce mélange dans le manaret ; et enfin, toutes les fois qu’ils le peuvent, ils jettent dans l’eau qu’ils boivent une poignée de couac, qui lui communique un léger goût aigrelet qui leur plaît, et la rend plus saine, selon leurs idées. On voit que leur industrie est assez développée sur ce point.

Lors donc qu’une fête doit avoir lieu, les femmes préparent, plusieurs jours à l’avance, une quantité énorme de cachiry, dont elles remplissent tous les vases qu’elles peuvent se procurer. S’il doit y avoir cent Indiens, on peut estimer ce qu’elles en font à huit ou dix barriques. Au jour indiqué, les Indiens arrivent parés de leurs plus beaux atours : les danses commencent et durent sans interruption, pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite, sans prendre d’autre repos que ce qui est absolument indispensable, et sans autre nourriture que du couac et de l’eau. Une chasse et une pêche générales leur succèdent ; au retour, les femmes apprêtent le gibier et les poissons qu’on s’est procurés ; un grand repas a lieu, pendant lequel on ne boit encore que de l’eau. Quand il est fini, les hommes se couchent dans leurs hamacs, et alors commence l’orgie la plus dégoûtante qu’il soit possible d’imaginer : les femmes apportent le cachiry dans