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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/643

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dôme assez bien fait qui lui donnait l’apparence d’une ruche. Ces carbets sont ouverts de tous les côtés ; le toit descend très-bas, et il faut se baisser pour y entrer ; quoiqu’ils soient entretenus avec beaucoup de propreté, les chiques et les blattes y abondent et sont excessivement incommodes.

A un quart de lieue de cette habitation se trouve une autre famille indienne, chez laquelle nous nous arrêtâmes un instant, le lendemain, en continuant notre route. Nous y trouvâmes deux Indiens Emerillons, qui, du haut du Camopi, étaient venus rendre visite à ceux de l’Oyapock. Tous deux paraissaient âgés d’environ vingt ans, et n’avaient pas moins de cinq pieds dix pouces ; leur figure respirait la douceur, et leurs membres avaient ces formes arrondies et féminines qui existent chez un grand nombre d’Indiens de nations différentes, et qui ne doivent pas être attribuées à la jeunesse, mais à une organisation originelle.

Nous vîmes là, pour la première fois, deux jeunes filles de quinze à seize ans dans l’état de nudité le plus complet. Toutes deux portaient autour du cou un énorme collier de rasades dont elles laissaient flotter quelques branches sur le dos, ce qui produisait un assez joli effet. Elles suivaient constamment leur mère et se cachaient derrière elle aussitôt que nous jetions un regard de leur côté, non par pudeur, mais par cet instinct qui nous porte tous dans l’enfance à chercher un refuge près des auteurs de nos jours, à la moindre crainte que nous éprouvons. Nous fîmes cadeau à chacune de ces deux enfans d’un camisa qu’elles revêtirent aussitôt, et qui parut les rendre parfaitement heureuses.

Après avoir franchi le saut Ariko-To, éloigné d’une lieue de ces derniers Indiens, nous découvrîmes des abatis assez étendus appartenant à un Oyampi nommé Oropoam. Nous ne trouvâmes dans le carbet que cinq ou six femmes, étendues dans leurs hamacs et à moitié endormies. Une d’elles se détacha pour aller chercher dans le bois les hommes qui étaient occupés à creuser un canot, et nous les vîmes paraître, un instant après, au nombre de quinze. Nous n’avions pas encore vu d’aussi beaux hommes dans l’Oyapock, et j’en remarquai un, entr’autres, d’une constitution athlétique, et de la figure la plus imposante. Leur arrivée