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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/639

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qui est très-poissonneuse, et où les Indiens vont chaque année faire des excursions de pèche, mais dont le cours est encore plus obstrué que celui de l’Oyapock. Les Indiens prétendent qu’en la remontant très-haut, on trouve sur ses bords un reste des Toukouyennes, nation mentionnée dans les anciens auteurs, mais inconnue aujourd’hui des blancs.

Nous arrivâmes le 24 octobre chez Kassar, et nous y passâmes un jour pour nous reposer. Nous lui achetâmes différens objets que nous laissâmes chez lui pour les prendre à notre retour, et qui nous furent fidèlement remis. On peut, en général, avoir une confiance entière dans la bonne foi des Indiens. Leur paresse fait qu’ils retardent souvent l’accomplissement de leurs engagemens, mais tôt ou tard ils finissent par les remplir, et on en a vu apporter, au bout de deux ans, des objets qu’on leur avait achetés et payés d’avance, suivant l’usage, et sur lesquels on ne comptait plus. Leurs capitaines sont ordinairement ceux qui sont le moins exacts à cet égard.

En quittant l’habitation de Kassar, la rivière est plus obstruée que jamais de roches et de sauts. Nos canots touchaient fréquemment contre les premières ou s’ensablaient, et nous étions sans cesse obligés de nous mettre à l’eau pour les dégager. Nous souffrions aussi beaucoup de la chaleur, qui augmente ou diminue suivant le nombre des roches découvertes que présente la rivière. Les rayons du soleil, réfléchis par leur surface blanche et polie, élèvent la température au point que le thermomètre R. se maintient constamment, dans le milieu du jour, à 30 et 32 degrés. Pendant la nuit, les roches ne perdent qu’une partie de leur chaleur, et on éprouve une différence bien sensible, selon qu’on y installe son hamac pour dormir, ou qu’on le suspend aux arbres dans le bois.

Nous passâmes ce jour-là le saut de Memora, situé en face d’une petite crique du même nom. Le 26 nous vîmes celle de Chiqueni, indiquée sur les cartes sous le nom de Sickny. Nous entrâmes le jour suivant dans le saut Cayomou, formé par une suite immense de roches dépouillées de toute verdure, entre lesquelles il existe plusieurs passages pour les canots. Nous y tuâmes