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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/610

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donc si le canon grondait ? Allons, il faut plus de virilité quand on met la main dans les affaires du monde. La Providence n’a pas peur d’effaroucher et de froisser les timidités délicates, et parfois elle tient des procédés violens à la disposition de ses desseins.

Le dessein de la Providence est la paix ; le besoin de l’Europe est la paix ; le vœu de la France est la paix ; mais les conditions de la paix ne sont pas celles d’une trêve. Pour une amitié véritable, il faut se connaître, s’apprécier, se prendre et s’accepter de part et d’autre. Or, nous acceptons l’Europe féodale, monarchique, religieuse, savante, antique, se régénérant par des réformes successives. Maintenant, l’Europe veut-elle de nous ? Veut-elle de la France renouvelée, intelligente, révolutionnaire, philosophique, démocratique, industrielle et militaire ? Voilà la question ; voilà pour nous les conditions de notre existence et de la paix. Pensez-vous que la France puisse s’accommoder d’être tolérée au jour le jour, et d’attendre, avec résignation, la convenance de ses ennemis et de leurs attaques ? Reconnaissez-nous avec une affectueuse estime pour ce que nous sommes, et nous aurons la paix.

L’unité fraternelle de la sociabilité européenne n’exige pas l’identique uniformité des mêmes institutions ; elle comporte des nuances, des degrés, des différences : la vie morale peut concilier autant de variétés que la vie physique. L’unité philosophique, réfléchie et religieuse à laquelle s’élèvera l’Europe, n’a pas besoin d’étouffer dans chaque peuple ce qui constitue la patrie, son caractère, ses charmes, son amour et son culte. A qui persuadera-t-on que si la tribune représentative s’érigeait avec autorité en Allemagne, en Italie, le naturel, l’orgueil des souvenirs, les vertus et les propriétés de ces deux grandes contrées s’évanouiraient soudain ?

La langue de Luther et d’Ulrich de Hutten peut prêter un nerveux et utile secours aux Mirabeau et aux Fox à venir de la Germanie. Peut-être un jour, à la faveur de nos armes, la patrie de Tullius retrouvera sa tribune. Le soleil de Naples ne peut-il luire que sur des Lazaronis ? et l’Italien ne saurait-il créer un