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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/609

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L’Allemagne nous haïr aujourd’hui comme au temps de Napoléon ! Mais je me persuade que cette inconcevable erreur de quelques-uns s’est déjà dissipée. Jamais la France n’a plus désiré concilier sa grandeur avec celle des autres peuples. Deux princes allemands ont caractérisé, dans le dernier siècle, notre position en Europe. Joseph II, dans la visite qu’il nous fit, s’écria, en visitant un de nos ports : Quel peuple ! la terre et la mer ! C’était apprécier, en deux mots, l’heureuse disposition de la nature, qui nous a dotés d’un continent et du partage de l’Océan et de la Méditerranée. Frédéric disait : Que s’il était roi de France, il ne se tirerait pas en Europe un coup de canon sans sa permission. Voilà. l’influence à laquelle peut et doit prétendre la France. Ce n’est pas afficher, dans ses prétentions, un faste injurieux et triomphal ; c’est connaître sa valeur, et se faire rendre simplement ce qui vous est dû. Les peuples se corrigent et se perfectionnent comme les individus. Que n’a-t-on pas dit sur notre légèreté ? Il faut avouer, ou qu’elle a été fort exagérée, ou qu’elle s’est fort amendée ; nous sommes aussi devenus moins prompts à nous jeter dans les jeux de la guerre et de l’épée.

Cependant, vous croirez sans peine que les Français aimeraient encore, comme Othello, toutes les qualités, l’orgueil, la pompe et les circonstances de la glorieuse guerre.

« And all quality,
« Pride, pomp, and circumstance of glorious war. »

Pourquoi la redouteraient-ils outre mesure ? Pourquoi la verraient-ils, avec désespoir, éclater ? Dans ce siècle, les événemens sont plus particulièrement marqués du sceau de la nécessité. Si donc la paix était rompue, il y aurait là quelque décret providentiel à exécuter avec courage. Il y a des hommes qui cependant se disent politiques, dont l’esprit se trouble extraordinairement à la pensée de la guerre. Pour eux, la guerre n’est pas ce qu’elle doit être, une nécessité cruelle dont il faut se montrer avare ; mais c’est quelque chose de monstrueux, d’abominable ; c’est de l’antropophagie. Si la trompette sonne, ils sont saisis ; s’évanouiraient-ils