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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/601

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représentative ; je dis philosophique, monsieur, et à dessein : le système représentatif n’a pas en Fiance, comme chez nos voisins d’outre-mer, de traditions féodales ; il ne sort pas tant de nos mœurs que de nos idées ; il a produit des constitutions, et non pas des coutumes : donc, dans sa marche, il est surtout soumis aux influences de l’esprit général et philosophique.

Je pense toujours, monsieur, ce que j’ai écrit ailleurs [1], que le gouvernement représentatif est le véritable gouvernement des temps modernes, mais à la condition d’être véritablement représentatif ; sans quoi mieux vaudrait la franchise du pouvoir absolu. Le gouvernement représentatif pratiqué avec bonne foi est excellent ; animé d’une pensée générale et humaine, il se prête facilement à toutes les différences qui font l’originalité des nations ; il peut exprimer ainsi la vraie liberté. C’est l’héritier plus grand et plus riche des démocraties antiques.

De la sincérité de notre gouvernement représentatif dépendent le bonheur et la liberté de la France ? Que veut la France ? si ce n’est d’être représentée, mais je dis la France avec son intelligence, ses besoins, son imagination, ses idées, son ame, ses instincts populaires, ses affections cosmopolites, avec son amour-propre et son dévouement à l’humanité. C’est un grand malheur pour une nation si ses institutions ne lui permettent pas de choisir pour écrire la loi sociale ce qu’elle porte de plus élevé dans sa tête et de plus généreux dans son cœur ; quand le pouvoir législatif est sans force, quand tout ce qui tient à l’idéalisme social languit dans la prostration, la société éprouve un malaise profond et dangereux. En vain on l’entretiendra pour la distraire d’intérêts matériels ; c’est vouloir contraindre à un repas abondant un malade sans appétit. Sans doute les améliorations positives de la vie alimentaire des peuples doivent être un des premiers soucis de la science politique ; mais ne séparez jamais les intérêts d’une nation de ses idées ; faites au contraire des idées le guide, l’agent et le modérateur des intérêts.

C’est dans le pouvoir législatif que la France voudrait porter une révolution progressive : elle voudrait que l’intelligence fût

  1. Livraison de la Revue du 15 novembre 1831. — Philosophie du droit.