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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/577

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LITTERATURE DRAMATIQUE





LE ROI S’AMUSE




Le nouveau drame de M. Hugo n’appartient pas à l’histoire ; de toutes les tragédies comprises entre les années 1515 et 1547, le poète n’en a choisi aucune. Son œuvre, avec ses défauts et ses qualités, ne relève absolument que de sa libre fantaisie. De la réalité visible et saisissable, telle que nous la montrent les récits du seizième siècle, il n’a rien pris ; entre toutes les aventures du roi François Ier, que ses contemporains ont surnommé le dernier chevalier, il pouvait en adopter une, l’étudier, l’approfondir, exagérer volontairement les détails caractéristiques, négliger et laisser dans l’ombre les parties prosaïques et mesquines, indispensables dans une chronique fidèle, mais inutiles au poète qui crée, au philosophe qui juge. Il ne l’a pas voulu : il n’en a rien fait. Le sujet qu’il a traité, fable, caractères, incidens, combinaison et dénouement, est sorti tout entier de son cerveau.

Ce n’est donc pas par l’histoire qu’il faut éprouver le drame de M. Hugo. Puisqu’il n’a prétendu reproduire et développer aucun événement authentique, puisqu’il a pris au-dedans de lui-même, dans les profondeurs de sa pensée, le modèle idéal qu’il voulait copier, nous n’avons qu’une manière de le juger, et, malheureusement pour nous, cette manière unique, inévitable, en même