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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/567

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l’Empire ; mais elle n’était pas avec elle sur le pied d’égalité entière et native. On lui faisait honneur, mais par entraînement tour à tour ou condescendance. Enfant gâté du dessert, on lui passait ses crudités, ses goguettes de langage, mille familiarités sans conséquence, à titre de chanson ; dès qu’on l’admirait, c’était d’un visage tout d’un coup sérieux, à titre d’ode. On l’eût reçue de grand cœur, je crois, dans la compagnie des quarante ; mais on se fût armé pour cette grave exception, devant le public, du précédent de M. Laujon. Bref, la chanson de Béranger se sentait un peu la protégée des genres académiques ; depuis la réforme littéraire, elle est devenue légitimement l’égale, la concitoyenne de toute poésie. Par ces raisons diverses qu’il sait lui-même fort agréablement déduire, Béranger est donc allé jusqu’à se croire redevable de quelque chose à la jeune école poétique. Quoi qu’il en soit, et voici le seul point où j’insiste, il a de bonne heure témoigné à ce qui s’annonçait d’heureux et de grand dans les groupes nouveaux, une bienveillance sincère, intelligente, qui, de la part de tout écrivain célèbre, à l’égard des générations qui s’élèvent, n’est pas, j’ose le dire, la moindre marque d’une âme saine et d’un cœur justement satisfait.


SAINTE-BEUVE.