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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/563

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<poem> Près du drapeau que dans l’ombre on replie. Au fond du verre où l’infortune oublie, Autour du punch et des jeunes gaietés, Même au cou nu des folâtres beautés, Oh ! oui, partout où l’aile bigarrée De ta chanson diligente et sacrée Se pose et luit, oh ! notre France est là France d’alors, chantant sous le tonnerre Plus d’un refrain qui depuis s’envola, Vive et rétive, assez peu doctrinaire, Encore en sang des caresses des rois ; Oui, cette France est toute dans ta voix. Durant quinze ans, unis d’un même zèle, Seul, vers la fin, pour sauver l’étincelle, A chaque avril, aux champs, sous les barreaux, Tu lui tressais les noms de ses héros, Mêlant aux fleurs le chardon qui harcèle ! Si son oubli délaissait un vengeur, Tu la couvrais d’une honnête rougeur : Puis un couplet indulgent la déride….. Pourtant, tout bas, j’ose en glisser l’aveu ; Deux ou trois fois, sœur de la cantharide [1], L’abeille ardente outrepassa le jeu. Pardon, pardon, pour sa courte folie ; Tant de tendresse ennoblit son retour ! La volupté par la mélancolie Chez toi ramène à l’éternel amour. Dans l’action que ton génie épouse, Si du champ-clos sentinelle jalouse, Prompt au clairon, et, pour trêve aux assauts, Ne t’égarant qu’aux plus voisins berceaux, Tu hantais peu les ombres des vallées, L’esprit lointain des cîmes non foulées, Silence ! oracle ! encens perpétuel ! Du moins plus haut que les luttes humaines, Fixant tes yeux sur les places sereines,

  1. C’est bien moins de la chanson même intitulée la Cantharide, chaude et pure émeraude où l’idée est figurée à l’antique, qu’on entend ici parler, que de quelques chansons de la première manière.