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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/562

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<poem> Nuée errante, elle hésitait encore: Nul point brillant ; pas de foyer sonore !

Et jusque-là, jusqu’à ce grand moment, Avant le soir d’héroïque disgrâce, Du drame entier, dès le commencement, Témoin caché dont je poursuis la trace, D’un coup de foudre à douze ans désigné, Que faisais-tu, Chantre prédestiné ? En quel réduit fleurissait la jeunesse ? Quels bras aimés t’en sauvaient la rigueur ? Quels traits malins l’aiguisant leur finesse, Gardaient sa flamme à ton glorieux cœur ? Vaste en projets qui ne devaient pas naître, Sans le savoir, ménageant tes retards, Tu te crus fait pour la flûte champêtre, Et ta houlette eut de naïfs écarts. De Marengo pendait alors l’épée ; Un Charlemagne aspirait au parvis : Cela, je crois, te rappela Clovis, Et tu rêvas de classique épopée, Toi, fils de l’hymne et de la Ménippée ! Ainsi, sans guide et vers des buts lointains, Chemin faisant, accosté de Lisette, Entre Clovis et les amours mutins. Par complaisance égayant la musette, Génie heureux, facile aux contre-temps, Tu te cherchais encore après trente ans ; Tu te cherchais.... quand la France foulée Te laissa voir deux fois dans la mêlée Ce sein de feu que Thersite conquit ! Tout était mûr ; les astres s’entendirent ; Des cieux brûlans quelques pleurs descendirent, Lente rosée,.... et ta chanson naquit !

Elle naquit, abeille au fin corsage, A l’aiguillon toujours gardien du miel ; Des bruits épars composant un message, Orgueil du pauvre et vengeance du sage : Sots et méchans le trouvèrent cruel.