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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/549

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par des saillies involontaires. Ainsi, à l’âge de douze ans, ayant été atteint d’un coup de tonnerre, au seuil même de la maison, comme on l’avait couché sur un lit sans mouvement et sans apparence de vie, mais non sans connaissance, il endura long-temps les doléances et les soins éperdus des assistans, ne pouvant prendre la parole pour les rassurer : mais le premier mot qui lui échappa fut à sa tante : «Eh bien ! à quoi sert donc ton eau bénite ? » car il l’avait vue jeter, suivant la coutume, force eau bénite au commencement de l’orage.

Vers le même temps, le jeune Béranger versait des larmes au chant de la Marseillaise, ou en entendant le canon des remparts célébrer la reprise de Toulon. A quatorze ans, il entra en apprentissage dans l’imprimerie de M. Laisné, et ce travail le formait aux règles de l’orthographe et de la langue. Mais sa véritable école, celle qui d’abord l’avait développé et à laquelle il devait le plus, était l’Ecole primaire fondée à Péronne par M. Ballue de Bellanglis, député à la Législative. Dans son enthousiasme pour Jean-Jacques, ce représentant imagina un institut d’enfans d’après les maximes du citoyen-philosophe : plusieurs villes de France en créaient alors de semblables. Un établissement à part fut destiné aux jeunes filles. Celui des jeunes garçons offrait l’image d’un club et d’un camp : on portait le costume militaire ; à chaque événement public, on nommait des députations, on prononçait des discours, on votait des adresses : on écrivait au citoyen Robespierre ou au citoyen Tallien. Le jeune Béranger était l’orateur, le rédacteur habituel et le plus influent. Ces exercices, en éveillant son goût de style, en étendant ses notions d’histoire et de géographie, avaient en outre l’avantage d’appliquer de bonne heure ses facultés à la chose publique, de fiancer, en quelque sorte, son jeune cœur à la patrie. Mais, dans cette éducation à la romaine, on n’apprenait pas le latin ; ce qui fit que Béranger ne le sut pas.

A dix-sept ans, muni de ce premier fonds de connaissances et des bonnes instructions morales de sa tante, Béranger revint à Paris, auprès de son père, qui s’y trouvait pour le moment dans une position de fortune très-améliorée. Entièrement émancipé désormais, grâce à la confiance ou à l’insouciance paternelle,