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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/541

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Au même instant, Ralff fit un bond de côté, et à la lueur d’un éclair bleuâtre, de Gyac s’aperçut qu’il marchait côte à côte avec un autre cavalier.

Il n’avait pas remarqué ce compagnon de voyage ; il ne comprenait pas comment il se trouvait tout à coup si près de lui. Ralff paraissait aussi étonné que son maître, il hennissait avec terreur, et toute la peau de son corps frissonnait comme s’il sortait d’une rivière glacée. De Gyac jeta un regard rapide sur le nouveau venu, et s’étonna, quoique la nuit fût sombre, de le voir aussi distinctement. Une opale que l’étranger portait sur sa toque, à la naissance de la plume qui l’ornait, jetait cette lueur étrange, qui permettait de le distinguer au milieu de l’obscurité. De Gyac jeta les yeux sur sa propre main, il y portait une bague où était enchâssée la même pierre ; mais soit qu’elle fût moins fine, soit qu’elle fût montée d’une autre manière, elle ne possédait pas la même qualité ; il reporta ses regards sur l’inconnu.

C’était un jeune homme à la figure pâle et mélancolique, tout vêtu de noir, monté sur un cheval de même couleur ; de Gyac remarqua avec étonnement qu’il n’avait ni selle, ni bride, ni étriers ; le cheval obéissait à la seule pression des genoux.

De Gyac n’était point d’humeur à entamer la conversation. Ses pensées étaient un trésor douloureux dont il ne voulait donner sa part à personne ; un coup d’éperon indiqua à Ralff ce qu’il avait à faire : il partit au galop.

Le cavalier et le cheval noir en firent autant d’un mouvement spontané. De Gyac se retourna après un quart d’heure, croyant avoir laissé bien loin derrière lui son importun compagnon, et ce fut avec un profond étonnement qu’il aperçut à la même distance le voyageur nocturne. Ses mouvemens et ceux de son cheval s’étaient réglés sur ceux de Gyac et de Ralff, seulement le cavalier semblait se laisser emporter plutôt qu’il ne paraissait conduire ; on eût dit que son cheval galopait sans toucher la terre, aucun bruit ne retentissait sous ses pieds, aucune étincelle ne jaillissait sur son chemin.

De Gyac sentit courir un frisson dans ses veines, tant ce qui se passait sous ses yeux lui paraissait étrange. Il arrêta son cheval,