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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/537

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nait autour de lui, il ne sentait plus la terre sous ses pieds, il était dans un cercle de feu, et quand le duc, au retour de Graville, quitta tout à coup son bras, il tomba sur un fauteuil qui se trouvait là par hasard, comme s’il eût été foudroyé.

Quand il revint à lui, il jeta les yeux sur toute cette assemblée, réunion insouciante et dorée, qui continuait sa nuit joyeuse, sans se douter qu’au milieu d’elle, il y avait un homme qui enfermait tout l’enfer dans son sein. Le duc n’y était plus.

De Gyac se leva d’un seul bond, comme si un ressort de fer l’eût remis sur ses pieds ; il alla de chambre en chambre comme un insensé, les yeux hagards, la sueur au front, et demandant le duc.

Tout le monde venait de le voir passer.

Il descendit jusqu’à la porte extérieure : un homme enveloppé d’un manteau venait d’en sortir et de monter à cheval. Gyac entendit au bout de la rue le galop du cheval ; il vit les étincelles jaillir sous ses pieds. C’est le duc, dit-il, et il se précipita dans les écuries.

— Ralff ! s’écria-t-il en entrant, à moi, mon Ralff ! — et au milieu des chevaux qui étaient là, un seul hennit, leva la tête, et essaya de briser le lien qui le retenait au râtelier.

C’était un beau cheval espagnol de couleur isabelle, au pur sang, à la crinière et à la queue flottantes, aux veines croisées sur ses cuisses, comme un réseau de cordes. — Viens, Ralff, dit Gyac, en coupant avec son poignard le lien qui le retenait. Et le cheval, joyeux et libre, bondit comme un faon de biche.

Gyac frappa du pied avec un blasphème ; le cheval, épouvanté à la voix de son maître, s’arrêta pliant sur ses quatre jambes.

Gyac lui jeta la selle, lui mit la bride, et s’élança sur son dos à l’aide de la crinière. — Allons, Ralff, allons ; — il lui enfonça ses éperons dans le ventre, le cheval partit comme la foudre.

— Allons, allons, Ralff, il faut le rejoindre, disait Gyac, parlant à son cheval, comme si celui-ci eut pu l’entendre. — Plus vite ! plus vite ! mon Ralff, — et Ralff dévorait le chemin, ne touchant la terre que par bonds, jetant l’écume par les naseaux et le feu par les yeux.