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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/534

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paix avec Henri de Lancastre, roi d’Angleterre, et vous, mon cousin, vous allez donner des ordres pour que nous nous rendions à Saint-Denis ; nous partons à l’instant même.

À ces mots le roi se leva et chacun en fit autant. Le vieux prêtre vint à lui et lui baisa la main. — Sire, dit-il, Dieu vous rende le bien que vous allez faire : demain 80,000 personnes béniront votre nom.

— Qu’elles prient pour moi et la France, mon père, car nous en avons tous deux besoin. Le conseil se sépara sur ces paroles. Deux heures après, le roi détachait de ses propres mains l’oriflamme des vieilles murailles de Saint-Denis. Le roi demanda au duc un chevalier de nom et de bravoure pour le lui confier ; le duc lui en désigna un.

— Votre nom ? dit le roi, en lui présentant la sainte bannière.

— Le sire de Montmort, répondit le chevalier.

Le roi chercha dans sa mémoire à quel grand souvenir et à quelle noble tige se rattachait ce nom.

Après un instant il lui remit l’oriflamme avec un soupir ; c’était la première fois que la bannière royale était confiée à un seigneur de si petite maison [1].

Le roi, sans revenir à Paris, envoya ses instructions à ses ambassadeurs. L’un d’eux, le cardinal des Ursins, reçut un portrait de la princesse Catherine : il devait le faire voir au roi d’Angleterre.

Le soir, 29 octobre 1418, toute la cour alla coucher à Pontoise, où elle devait attendre le résultat des négociations du Pont-de-l’Arche ; et mandement fut fait à tous les chevaliers de s’y rendre, avec leurs équipages de guerre, écuyers et hommes d’armes.

Le sire de Gyac fut un des premiers qui se rendit à cet appel ; il adorait toujours sa femme, mais cependant au cri de détresse, qu’au nom de la France avait jeté son roi, il avait tout quitté, sa belle Catherine aux caresses d’enfant, son château de Creil, où chaque chambre gardait un souvenir de volupté, ses allées si délicieuses à fouler, quand on pousse devant ses pieds les feuilles jaunâtres que les premiers vents de l’automne détachent de leur

  1. Le religieux de Saint-Denis. – Barante.