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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/531

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d’esprit comme il l’était, ne pouvait assister au conseil, et n’avait pas même été prévenu de sa convocation ; le duc était donc libre de faire à l’envoyé de la ville de Rouen la réponse qui lui semblerait la plus avantageuse, non pas aux intérêts de la France, mais à ses intérêts particuliers.

C’est dans ces dispositions, que venait de confirmer le refus du Dauphin, qu’il entra dans la salle du conseil, et alla s’asseoir, comme pour s’essayer au rôle qu’il espérait jouer un jour, sur le trône du roi Charles.

On n’attendait que lui pour ordonner que le messager fut introduit.

C’était un vieux prêtre à cheveux blancs ; il était venu de Rouen pieds nus et un bâton à la main, comme il convient à un homme qui requiert secours. Il s’avança jusqu’au milieu de la salle, et, après avoir salué le duc de Bourgogne, il allait commencer à lui exposer l’objet de sa mission, lorsqu’un grand bruit se fit entendre vers une petite porte, couverte d’une tapisserie qui donnait dans les appartemens du roi ; chacun se retourna, et l’on vit avec surprise la tapisserie se soulever, et se débarrassant des mains de ses gardiens qui voulaient le retenir, le roi Charles VI s’avancer à son tour dans cette salle où personne ne l’attendait, et, les yeux étincelans de colère, les habits en désordre, marcher d’un pas ferme droit au trône sur lequel s’était prématurément assis le duc Jean de Bourgogne.

Cette apparition inattendue frappa tout le monde d’un vague sentiment de crainte et de respect. Le duc de Bourgogne surtout le regardait s’avancer, se soulevant du trône au fur et à mesure qu’il approchait, comme si une force surnaturelle le contraignît de se tenir debout, et quand le roi mit le pied sur la première marche du trône pour y monter, le duc, du côté opposé, mit machinalement le pied sur la dernière marche pour en descendre.

Chacun regardait silencieux ce singulier jeu de bascule.

— Oui, je comprends, messeigneurs, dit le roi, on vous avait dit que j’étais fou, peut-être même vous avait-on dit que j’étais mort. — Il se mit à rire d’une manière étrange. — Non, non, mes-