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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/530

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Le duc de Bretagne voulut insister, mais toute instance fut inutile. Il retourna vers Paris, portant le refus du Dauphin au duc de Bourgogne ; il trouva celui-ci près d’entrer au conseil où devait être entendu un envoyé de la ville de Rouen. Le duc écouta avec attention ce que son ambassadeur lui rapportait ; puis, lorsqu’il eut cessé de parler, il laissa tomber sa tête sur sa poitrine, réfléchit profondément quelques minutes : C’est lui qui m’y aura forcé, dit-il tout à coup, et il entra dans la salle du conseil du roi.

L’explication de la pensée du duc de Bourgogne est facile à donner.

Le duc était le plus grand vassal de la couronne de France et le plus puissant prince de la chrétienté. Il était adoré des Parisiens ; depuis trois mois, il gouvernait sous le nom du roi, et l’état continuel de maladie de ce malheureux prince ne permettait pas à ceux qui le désiraient le plus, d’espérer qu’il pût vivre long-temps ; en cas de mort, de l’espèce de régence que tenait le duc, à la royauté, il n’y avait qu’un pas. Les Dauphinois ne possédaient que le Maine et l’Anjou ; la cession de la Guyenne et de la Normandie au roi d’Angleterre lui faisait de celui-ci un allié et un appui. Les deux Bourgognes, la Flandre et l’Artois, qu’il tenait de son chef et qu’il réunissait à la couronne de France, étaient pour elle un dédommagement de cette perte ; enfin l’exemple de Hugues Capet n’était pas si loin, qu’il ne pût être renouvelé, et puisque le Dauphin refusait toute alliance et voulait la guerre, il n’aurait à se plaindre à personne lorsque les conséquences de son refus retomberaient sur lui-même.

Dans ces circonstances, la politique du duc de Bourgogne était aussi simple que facile : laisser traîner le siège de Rouen en longueur, ouvrir des négociations avec Henri d’Angleterre, et tout préparer de concert avec lui pour que, la mort de Charles VI arrivant, toute puissance étant d’avance concentrée entre ses mains, il n’eût à ajouter au pouvoir royal dont il était déjà investi, que le titre de roi qui lui manquait encore.

Le moment était on ne peut plus favorable pour commencer à mettre à exécution ce grand dessein : le roi, malade