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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/519

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Le duc allait rentrer : l’homme qui était à ses pieds se leva et lui tendit la main ; le duc la lui serra, comme il avait fait aux autres : il avait quelques obligations à cet homme. — Ton nom ? lui dit-il.

— Cappeluche, répondit celui-ci, en ôtant respectueusement son chaperon de la main que le duc lui laissait libre.

— Ton état ? continua le duc.

— Maître bourreau de la ville de Paris.

Le duc lâcha la main comme si c’eût été un fer rouge, recula deux pas et devint pâle. Le plus puissant prince de la chrétienté avait, à la face de Paris tout entier, choisi ce perron comme un piédestal, pour pactiser avec l’exécuteur des hautes œuvres [1].

— Bourreau, dit le duc d’une voix creuse et tremblante, va au grand Châtelet, tu y trouveras de la besogne.

Maître Cappeluche obéit à cet ordre comme à une injonction à laquelle il était accoutumé.

— Merci, monseigneur, dit-il ; puis, en descendant le perron, il ajouta tout haut : Le duc est un noble prince, pas du tout fier et aimant le pauvre peuple.

— L’Iladam, dit le duc en étendant le bras vers Cappeluche qui s’éloignait, faites suivre cet homme, car il faut que ma main ou sa tête tombe.

Le même jour les seigneurs de Cohen, de Rupes et messire Gaultier Raillard sortirent de Paris avec une multitude de canons et machines compétentes à mettre un siège [2]. Plus de 10,000 hommes des plus hardis émouveurs de populace les suivirent volontairement ; derrière eux les portes de Paris furent fermées, et le soir, les chaînes tendues à toutes les rues, ainsi qu’au haut et au bas de la rivière. Les corporations de bourgeois partagèrent avec les archers le service du guet, et ce fut la première fois peut-être, depuis deux mois, qu’une nuit s’écoula tout entière sans qu’elle fût une seule fois troublée par les cris au meurtre ! ou au feu !

  1. Barante.
  2. Enguerrand de Monstrelet.