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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/513

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Six semaines s’étaient à peine passées, lorsqu’un nouveau message le ramena à Dijon. L’absence lui avait été plus favorable que la présence. Le duc le reçut avec plus d’amitié, et mademoiselle de Thian avec plus d’abandon : il fut quelque temps à douter de son bonheur, mais enfin un jour le duc Jean lui offrit de se charger de faire une nouvelle démarche auprès de celle qu’il aimait. Une si puissante protection devait applanir bien des difficultés ; le sire de Gyac accepta l’offre avec joie, et deux heures après, une seconde réponse, aussi favorable que la première avait été désespérante, prouva que, soit que mademoiselle de Thian eût réfléchi au mérite du chevalier, soit que l’influence du duc eût été toute puissante, il ne fallait jamais en pareille circonstance accorder une croyance trop prompte au premier refus d’une femme.

Le duc déclara donc qu’il ne rentrerait pas à Paris avant que les noces des deux jeunes époux ne fussent célébrées. Elles furent splendides. Le duc voulut en faire les frais ; le matin, il y eut des tournois et des joutes où de belles armes furent faites, le dîner fut suspendu par des entremets magnifiques et tout-à-fait ingénieux, et le soir un mystère, dont le sujet était Adam recevant Ève des mains de Dieu, fut joué avec grande acclamation. On avait fait venir à cet effet, de Paris, un poète en renom : il fut défrayé de son voyage et reçut vingt-cinq écus d’or. Ces choses se passaient du 15 au 20 juillet 1418.

Enfin le duc Jean pensa que le moment était venu de rentrer dans la capitale. Il chargea le sire de Gyac de l’y précéder et d’annoncer son arrivée. Celui-ci ne consentit à se séparer de sa jeune épousée que lorsque le duc lui eut promis de la faire entrer au nombre des femmes de la reine et de la lui ramener à Paris. De Gyac devait sur sa route prévenir Isabeau de Bavière que le duc serait le 2 juillet à Troyes, et l’y prendrait en passant.

Le 14 juillet, Paris s’éveilla au son joyeux des cloches. Le duc de Bourgogne et la reine étaient arrivés à la porte Saint-Antoine ; toute la population était dans les rues ; toutes les maisons devant lesquelles ils devaient passer pour se rendre à l’hôtel Saint-Paul, étaient tendues de tapisseries comme lorsque Dieu sort ; tous les perrons étaient chargés de fleurs, toutes les fenêtres de femmes.