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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/491

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termes, je veux dire ce dont elle a hérité et ce qui lui appartient en propre, sont vis-à-vis l’un de l’autre dans un rapport parfait et s’expriment dans une harmonieuse, aimable et brillante unité: et plus la France s’engagera dans le cours de sa direction et du siècle, plus on verra reluire les propriétés de son caractère ; elle pourra en contracter d’autres, mais sans perdre les anciennes.

Ainsi, monsieur, quand la démocratie française se dessinera par des linéamens plus précis, vous verrez reparaître avec plus de relief encore tout ce que nous avons d’athénien dans notre humeur : notre presse est aussi mordante, aussi acérée que les comédies des fêtes de Bacchus, notre tribune a la vivacité de l’Agora. Heureusement pour tempérer la frivolité attique, voici Rome qui nous a légué une partie de ses lois, plusieurs qualités de sa littérature et de sa langue, le goût de la guerre, un sens droit, et des aptitudes politiques. Pourquoi la démocratie française n’aurait-elle pas, comme Florence, l’amour et le génie des arts ? Les temps de Léon X et de Louis XIV sont passés, et si l’artiste veut élever de grandes choses, qu’il en demande au peuple les moyens, la puissance, l’inspiration. Cependant le bon sens de l’Amérique ne nous restera pas étranger ; quelques-unes de ses expériences nous profiteront. Enfin l’esprit français lui-même, vivifiant toutes ces analogies eu les marquant de son type personnel, original sans être étroit, profond par son étendue, d’une verve éblouissante, brillera comme une flamme pure sur l’autel de la liberté pour éclairer l’Europe.

Il importe beaucoup, monsieur, que l’Europe nous connaisse, et qu’elle apprécie la maturité de notre développement démocratique ; qu’elle n’ait pour nous ni effroi ni mépris : nous méritons son estime.

Que l’Europe veuille bien considérer que la société française, pour être démocratique, n’est pas prête à se dissoudre : jamais nation n’eut plus le sentiment et le besoin de l’unité que la démocratie française. Aussi un pouvoir débile lui répugne ; elle aimera toujours à voir exercer puissamment l’autorité qu’elle confie ; et, dans son esprit, elle n’a jamais séparé du dévouement qu’elle exige la grandeur personnelle de ses représentans : c’est se traîner sur des réminiscences classiques, pour tomber dans un