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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/489

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l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre ont jeté l’ancre de leurs vaisseaux dans des parages jusqu’alors inconnus ; la France n’est venue que plus tard, non pour porter en Amérique le génie de l’Europe, mais pour rapporter en Europe les leçons et les maximes de l’Amérique. Eternelle médiatrice du monde, cette Gaule, qui s’est entremise entre l’antiquité et le moyen âge, vient s’interposer entre un nouvel univers et l’Europe. Français, vous êtes partout où il y a, pour l’humanité, un pas à faire, une conquête à tenter.

La guerre de l’indépendance américaine, grâce à l’épée que la France a jeté dans la balance, a été capitale dans les destinées du monde L’émancipation philosophique du dix-huitième siècle avait été la véritable école où s’étaient formés les Franklin et les Jefferson : ils traduisirent nos théories par des résolutions généreuses, et surent élever une liberté simple et pratique. Quand nos compatriotes revinrent en France après la guerre de l’indépendance, ils nous contèrent le spectacle dont ils avaient été témoins ; ils avaient vu des républicains fort honnêtes, bien élevés, pas déclamateurs, hommes de sens. C’était une république sans toge romaine et sans licteurs ; pas la moindre réminiscence de Lacédémone ; on y vivait fort bien ; même ces républicains n’étaient pas parfaits : ils avaient leurs travers, leurs défauts et leurs vices ; mais la raison et l’opinion générale prévalaient contre les infirmités individuelles.

Ce n’est pas sans motif, monsieur, que la France s’est la première liée avec l’Amérique : d’abord son inimitié envers l’Angleterre l’y sollicitait ; mais une autre cause plus humaine et plus profonde explique notre alliance avec les vingt-quatre états. La France s’est abouchée avec l’Amérique, parce que, de toutes les nations de l’Europe, elle est elle-même la plus démocratique : elle s’est instruite au spectacle d’un gouvernement sans mensonge et sans traditions surannées, d’un peuple se gouvernant lui-même, et promenant sur toutes les têtes la loi de l’élection et de la capacité. Voilà, monsieur, le véritable sens de ce qu’on appelle chez nous l’école américaine. Nous n’avons pas la moindre envie de nous modeler sur le patron des marchands de New-Yorck, notre amour-propre s’accommode assez bien des qualités